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[Candidature acceptée] Lutgardis
Posté : ven. 10 déc., 2010 5:33 pm
par Augustus V. Lutgardis
Ciel noir et pluie battante sur la Forêt d'Elwynn. Bruine légère en goutte sur la bordure d'un chapeau. Nouvelles mauvaises, la vie n'est pas facile. sous un temps pareil. Surtout pour un natif de Gilnéas. Trouver l'équilibre ne tient qu'à un fil, douceur, émoi, malheur, être docile. Des gouttes de pluies frappaient les chaumières, langueur monotone d'un ciel de décembre en oripeaux. Vent en rafales, les os transis, pas chaud, une silhouette au chapeau avançait vers le trait d'horizon, pas toujours beau. Pourquoi soleil, tu pars sans donner la chaleur? Pourquoi laisser au froid le coeur des Hommes? Unique présence astrale, les feuilles au vent du malheur sèchent comme les larmes... annonçant le retour de la douceur de tes beaux temps. Le chemin de terre boueux éconduisit l'Homme au chapeau, les pas noueux à une forêt hasardeuse où le long des troncs se dissimulait le bruit, vicieusement, de cette soirée orageuse. Sur le chef suintait de froids courants de pluie mêlés à la moiteur d'une chute honteuse. Décadence d'un peuple, dans les silences se dissimulaient les fruits infectés de leur défaite broussailleuse. Ils se sentaient morfales, à ronger leurs espoirs enfuis et les vers de la vacuité d'une dent affreuse. Dense ! l'Homme accablé, le ciel couleur de suie punissant son impuissance. Et il allait toujours, le vent piquant ses yeux réduits, le dos courbé par des nouvelles malheureuses : il marcha jusqu'à la tombée de la nuit.
En effet, le crépuscule était à peine arrivé qu'une immense bâtisse de pierre lui barrait l'horizon. D'aspect militaire, était-ce une caserne? une garnison? Demander l'hospitalité à des militaires, ce n'était pas vraiment dans les bonnes moeurs, mais après tout, un tel bâtiment n'était point une auberge. Mais les heures de marches et le sale temps avaient acculé l'homme au haut-de-forme, et celui-ci pressait déjà ses derniers pas pour arriver devant une lourde herse de fer. Une voix jeune, quelque peu enrouée et fatiguée, résonna derrière un lourd manteau dont le col avait été rabattu pour faire office de cache-nez, ne laissant entrevoir, entre le chapeau et le manteau, qu'une bande de visage, deux yeux et le sommet d'un nez.
«Holà, il y a quelqu'un?»
La question était, comment allait-il être reçu? L'accuser d'abuser de la bonne morale des gens? La morale, Augustus von Lutgardis l'avait déjà mise à la crémation, et cela avait émis en lui la douceur d'un jour printannier, quelle émotion! sentir le souffle chaud de la brise révélation. Depuis sa déchéance, à lui et à son peuple, il n'avait cherché à provoquer la pitié chez les autres. Mais le voyage l'avait épuisé au point qu'il se sentait nécessiteux de recevoir l'aide d'autrui. Le jeune homme emitoufflé dans un manteau de voyage pouvait faire peine à voir. Des lacérations le long de sa jambes, des yeux soulignés de noir et de cernes et un teint livide, presque maladif. Et malade, il l'était bien. Malade de sa Malédiction, malade de toutes ces évacuations coûteuses en vie et malade d'avoir perdu sa Gilnéas, sa patrie.
Chez la famille Von Lutgardis, le démonisme était une affaire de famille. Usant de méthodes crapuleuses, ils purent acquérir des terres dans le Royaumes du bon Roi Genn Grisetête, et avait consolidé leur fortune dans diverses activités : commerce, finance et surtout pacte avec des démons. Ceux-ci fournissait à la famille de quoi survivre aux maladies et à la faim sans avoir à dépenser d'argent, ce qui contribua également à augmenter leurs ressources pécuniaires. Bien entendu, chaque contrat devait coûter quelques âmes, et en bonne famille, les Von Lutgardis accomplissaient des meurtres sans se poser de question. Chaque chérubin était éduqué dans l'optique de devoir nourrir les démons invoqués en leur servant de "moissonneuse-batteuse". Enfermés derrière le mur de Grisetête, jamais le peuple Gilnéen ne put se plaindre des disparitions occasionnelles des quelques brigands ou fous qui sévissaient contre le bien public. En effet, les Von Lutgardis n'allaient pas tuer n'importe qui dans les rues!
Fort heureusement, Augustus n'avait pas fort à penser de ses devoirs envers ses compagnons démoniaques. Surtout depuis que son corps avait hérité de la Malédiction Worgen. Un bête conte de fée? Foutaises. C'était la pire souffrance, la pire humiliation que l'Homme pouvait supporter. Se retrouver avec une bête qui cohabitait en soit. C'était une sensation vraiment désagréable, comme si du jour au lendemain on se sentait étranger à son propre corps. Et c'était cette sensation, en plus de la fatigue d'un long éxil et du traumatisme cité précédemment, qui étaient suffisants pour accabler Augustus. Tant et si bien que, hagard, il n'avait pas sentit qu'on venait répondre à son appel.
Posté : sam. 11 déc., 2010 4:01 pm
par Hadjirah
Sur le côté de la haute bâtisse de pierre, une petite porte était entr'ouverte. Quelque entrée de service, sans doute, pour ceux qui ne portaient pas les armes mais se chargeaient d'être les petites mains du bastion.
Une silhouette au moins aussi encapuchonnée que le visiteur en émergea. Plutôt frêle, portant un épais paquetage entre les bras, elle échangea quelques mots à la va vite avec quelqu'un était resté à l'intérieur à l'abri de la pluie. Une voix féminine plutôt jeune, et mal assurée :
"Ce s'ra vite fait, Dame Lahidi, avec ce sale temps c'est pas le genre de demandes qu'on fait souvent à la patronne !"
L'interlocutrice dissimulée à l'abri du bastion répondit. Une voix féminine elle aussi, mais aux tonalités sèches et tranchantes, malgré des accents étrangers qui auraient pu réchauffer le tout... Il ne se dégageait de ces mots qu'autorité, assurance et mépris :
"J'espère bien que ce sera rapide, cette fois. Dépêche toi donc. Je ne tiens pas à ce que la pluie imbibe le tissus et mette la teinture et les dorures à mal. Tout cela coute une corne !"
La jeune fille encapuchonnée hocha la tête, et fit volte face, partant au trot vers une petite roulotte dissimulée au bord du chemin non loin de là, évitant de son mieux les flaques de boue qui accueillaient le visiteur du bastion.
La porte allait se refermer, lorsque la voix du voyageur retentit :
«Holà, il y a quelqu'un?»
Le lourd pan de bois s'interrompit dans son mouvement de fermeture, et l'invisible habitante du bastion apparut enfin. Du moins, en partie.
Un visage vint se placer dans l'encadrement de la porte pour observer l'inopportun qui venait clamer sa présence.
Une draeneï, sans aucun doute, à en juger par les cornes arrogantes. Elle ne laissait entrevoir qu'une partie de son visage aux traits taillés à la serpe et à la peau sombre.
Son regard glacial fixait l'inconnu avec une méfiance hostile, et l'air peu amène qu'elle affichait complétait le tableau déjà peu accueillant de la parfaite assurance de se faire jeter à la porte...
Sans risquer de mettre un sabot dehors sous la pluie battante, elle lança à l'inconnu, sur un ton plus froid encore que celui qu'elle avait réservé à sa présumé employée :
"Oui. Il y a quelqu'un. Forcément. Les gens censés sont à l'intérieur, par un temps pareil."
Elle marqua une légère pause avant de reprendre plus sêchement encore :
"Si vous venez encore de la part de ce satané représentant de chapeaux, je le répète, nous ne sommes pas intéressés, quoiqu'ait pu dire Ser Archibald Demes de Nor Laedro à votre dirigeant l'autre soir !"
Posté : sam. 11 déc., 2010 4:52 pm
par Augustus V. Lutgardis
Les cris des uns sont des râles qui sortent de leurs bouches pales. D’autres marmonnent des jurons dans des forêt , des mines de fonds . Tous sont frappés de maladie, ils consument leurs vies sur des braseros chétifs, dans des lumières tragiques . Ce ne sont pas les damnés de la terre, ce sont seulement de pauvres hères parcourant les rues en bondissant d’un mur à l’autre, se salissant de plus en plus le corps et l'âme . Ils n’aiment que tremper dans le pétrole un mélange de vin et d’alcool ,un breuvage pour les fous , un brasier qui brûle les cous . ls crient alors des mots de désespoir et en écho, des mots de haine . Car sans le premier ils ne seraient en peine . Ils hantent les rues alentour .. Un flots de bile et de sang précède leurs véritables sentiments . Ils n’aiment rien comme des barbares sauf la bonne viande sanguine si rare. Fuyez bonnes gens ! Ce sont les nouveaux gueux ! Gens de rien et maudits, les seuls amis des tarentules . Ils ont des chiens sans laisse qu’ils aiment et caressent , meute de loups croisés qu’on dirait avec postiches . Leurs compagnes hurlent plus forts comme des sirènes de mort . Elles portent des bébés bleus qui meurent devant leurs yeux. Ils sont suivis par les corbeaux et la pluie, qui attendent de percer les peaux. Ce ne sont que des charognes en marche et à la moindre butée ils glapissent . Ils vivent au jour le jour avec le soleil pour compagnie et des nuages en confettis. Ils bougent au point du jour. Les plus faibles restent immobiles . des statues informes , inertes . Ce ne sont que des pertes, seuls les chiens hurlent sans mobiles . Disputant aux corbeaux la peau , les yeux, ce sont des gens qui autrefois n'étaient pas de peu . De la vie ils ne sont devenus que la poussière, ils courent dans leurs cache-misère . Parfois passant les Hommes crachent sur eux de la salive et des injures, sur ces hybrides sales et glaireux. Caste maudite au sang impur . Ni homme ni loup. Worgen à l'état pur.
Si Augustus Von Lutgardis était un sans-abris, un Worgen maudit, il ne demeurait pas moins une part de dignité en lui. Cette dignité, cette noblesse qui se battait de manière incessante contre la férocité du Dieu Loup Sauvage qui mordait son âme. La lutte était certes grandiose, mais Augustus était l'un de ceux qui profitèrent des enseignements des druides elfes de la nuit du sanctuaire de Tal'doren, au coeur de la Forêt Noire de Gilnéas, là où les siens s'étaient réfugiés lors de l'invasion réprouvée. Son âme avait assez de force pour combattre la féroce Malédiction, mais pour encore combien de temps?
Une voix sèche et claquante comme un sabot sur des pavés le sortit de sa rêverie. Il leva brièvement les yeux et distingua une silhouette à l'air peu inquiétant. D'autant que selon l'écarquillement des yeux du jeune Gilnéen, on aurait put croire qu'il venait de rencontrer le Diable en personne. Ceux cornes trônaient sur un visage peu rassurant, et il ne s'étonnerait même pas de trouver une langue de vipère dans la bouche qui s'était mue avec véhémence. Un peu abasourdis par la soudaineté des paroles, tombant comme la foudre sur son crâne. Il balbutia légèrement un début de phrase, impressionné par sa mystérieuse interlocutrice.
«Euhm.. je... euh...»
Puis reprenant un peu du poil de la bête, il se mit à rassembler ses dernières forces pour parler avec le plus de politesse qu'il put:
«Excusez-moi, je me suis égaré dans les bois et j'aurais besoin d'un endroit où passer la nuit. Aidez-moi s'il-vous-plait!»
Il rajouta même in extenso, dans un élan de désespoir:
«Je suis un survivant de Gilnéas!»
Posté : sam. 11 déc., 2010 7:31 pm
par Hadjirah
Un silence mutin fut le premier à répondre à Augustus. Accompagné du son de la pluie venant s'écraser sur le sol boueux. Et ce regard bleu pâle qui ne cessait de luire dans la semi pénombre... Si diable il y avait, le démon en question devait être en train de sonder à quel point cette âme en peine pouvait être goûteuse...
Hadjirah avait pour habitude de claquer la porte au nez de tout ce qui quémandait, de près ou de loin.
La supplique de l'étranger revendiquant sa patrie ravagée aurait pu toucher le cœur de celle qui était elle même une exilée et avait connu la déchéance d'un peuple entier.
Mais Hadjirah avait une capacité d'empathie à peu près similaire à celle des pierres du bastion. Et une sainte horreur de tout ce qui avait de près ou de loin besoin de ses services.
Elle ne referma cependant pas la porte. Dans les méandres tortueux de son esprit, elle en était arrivée à la conclusion qu'elle pouvait dépenser quelques secondes de son temps.
Elle fit un signe de main sec à l'homme, lui indiquant d'approcher à portée de vue. La parole ne fut cependant pas plus engageant que cela :
"Vous avez survécu aux évènements de Gilnéas ? Fabuleux. Ce n'est donc pas la pluie et la nuit qui devraient venir à bout de vos forces, non ?"
Le regard bleu se plissa, se réduisant à deux fentes inquisitrices :
"Je suppose que si je laisse une personne de plus à la porte, on m'accusera de faire volontairement en sorte que les mendiants d'Hurlevent soient retrouvés noyés dans le lac avoisinant. Sérieusement. Comme si j'avais le temps de m'amuser à ça."
Elle soupira lourdement, comme si elle prenait Augustus à parti de l'injustice des soupçons qui pouvaient peser sur elle. Elle leva une lanterne à hauteur de son visage, se mettant un peu plus en lumière, et dévoilant son opulente sombre chevelure venant encadrer des traits rendus encore plus secs par la lumière crue sur sa peau :
"Montrez moi donc ce que vous cachez sous ce chapeau et ce manteau. Approchez à portée de lumière. Je veux voir vos mains. Et la preuve que vous ne portez pas d'arme."
Des directives claires et incisives. La draeneï ne semblait pas pouvoir se laisser apitoyer. Elle ajouta brusquement et sans ménagement :
"Oh... Vous avez dit Gilnéas... Je vous jure que si vous sentez le chien mouillé, je vous fais ranger aux écuries ! Nous avons assez à faire avec les odeurs de nain mouillé comme ça..."
Une extra-azerothienne raciste. Voilà qui promettait de très chaleureux échanges.
Posté : sam. 11 déc., 2010 9:47 pm
par Augustus V. Lutgardis
C'était dans les instants les plus urgents qu'Augustus souhaiterait que ces mots qui dépriment retrouvent leur gaité, que ses larmes et ses rires à nouveau se confondent et que cesse cette langueur ivre de sobriété. Mais ses pensées végètaient sans envie de relief au rythme de ses heures aux assauts du temps ressassant sans égards les maux de ses griefs et rendant malgré lui ses jours neurasthéniques. Quand va t-elle se bouger, cette torpeur?!Il souhaitait prendre le bon chemin et fuir son anathème. Il usait toutes ses forces à juste donner le change, à montrer au dehors une tranquilité de façade. Certains bien sûr ne sont pas dupes de ce grimage étrange, quand d'autres se détournent de cette mascarade.
Advienne que pourra, les paroles tranchantes comme des couteaux de l'interlocutrice rebondirent dans les oreilles d'Augustus comme des traits émoussés contre des boucliers de diamant. Il était las, fatigué, et ne pouvait se permettre de dépenser plus d'énergie à écouter des brimades ou encore des invectives plus qu'outrageuses. Il se contentait d'écouter le ton, jusqu'à ce qu'un signe, puis qu'un impératif fut employé; auquel il répondit si fait.
«Je ne suis pas armé.»
Il approcha alors, se mettant dans la lumière, et retira son chapeau pour s'incliner légèrement, et présenta ses mains gantées une fois que le haut-de-forme dégoulinant de pluie avait regagné son chef. Son manteau, écrasé par le poids de l'eau, sembla protester quand il toucha à l'ouverture. Il entrouvrit alors humblement son vêtement, dévoilant ses habits de chemises couvertes de dorures et autres cravates, blazer, ceinture de cuir. Rien, aucune arme, aucune dague ne battait son flanc ou les revers de ses cuisses. Mais, tremblant, et surtout ne supportant plus d'être inspecté de la sorte, il referma son manteau au bout d'une minute, n'en pouvant vraiment plus, accablé par le froid de la nuit.
«Vous voulez bien ne pas me laisser mourir dehors...?»
Car en effet, il avait une faim... de loup ! Et il avait froid comme pas possible, étant transit jusqu'aux os dès le moment où il avait commencé à pleuvoir. Et ses jambes lui faisaient mal. Il avait trop marché. Ses chaussures habillées était toutes gadoueuses. En même temps, allez marcher dans un bourbier avec un costume qui vaut plusieurs pièces d'or. Augustus faisait bien abstraction de sa remarque de chien mouillé. La souffrance de la Malédiction était déjà assez lourde à porter, alors s'il devait s'emporter à chaque boutade au sujet des Gilnéens...
...Ce qui le fit d'ailleurs rappeler la douleurs des blessures qu'il avait à la jambe. Son interlocutrice avait surement dû voir, lorsqu'il ouvrit son manteau, que son pantalon était tout lacéré à la jambe gauche, et rien à voir avec des accrochages de ronces.
Posté : dim. 12 déc., 2010 12:17 am
par Hadjirah
«Vous voulez bien ne pas me laisser mourir dehors...?»
Nouveau silence. Une question piège. Si Hadjirah y répondait en tout honnêteté... Au sujet de ce qu'elle voulait... On allait encore lui reprocher - à tort évidement - de ne pas savoir composer avec une société civilisée...
Elle plissa le nez, dans une moue assez parlante quand au fond de sa pensée. Mais elle s'écarta néanmoins de son encadrement de porte, non sans avoir détaillé sans vergogne l'inconnu de haut en bas.
Elle lui fit un nouveau signe, sec, l'invitant à entrer.
A peine eut il le temps de s'engouffrer dans cette issue de secours salvatrice que la lourde porte claqua derrière lui, sinistre présage pour celui qui était entré dans l'antre de la gorgone en désespoir de cause.
Encore que pour une antre du mal, celle ci était plutôt salvatrice.
Le heurt de l'eau sur le sol avait été remplacé par le crépitement de torches ancrées au mur, qui projetaient des ombres mouvantes sur les épaisses pierres du couloir dans lequel Augustus venait de pénétrer. Il faisait frais, ici, mais infiniment moins que sous la pluie battante, fouetté par le vent hivernal.
La draeneï examina à nouveau l'inconnu, s'approchant de lui. Elle était grande. Très grande. Le port altier et l'allure fière toute militaire... Qui tranchait cependant avec une tenue vestimentaire loin de ce que l'on pouvait attendre d'un bastion armé. Elle portait une longue robe de chambre aux couleurs sombres et à la coupe sobre, qui devait dissimuler quelque tenue de nuit... Dans son malheur de tomber sur cette hôte peu amène, Augustus avait peut être eu, finalement, de la chance de tomber sur quelqu'un tout court.
Le regard de glace s'attarda un instant sur les chaussures boueuses, plein de reproches :
"Ne me dites pas que vous avez couru de votre cité jusqu'à ici sans prendre la peine de changer de frusques?"
Elle se remit en marche, s'engouffrant dans le couloir et faisant à nouveau site à son invité forcé de la suivre. Alors que ses sabots claquaient sur les dalles de pierre avec sècheresse, elle continua :
"Nous allons passer par l'inventaire. Hors de question que vous nous trempiez tout et que vous répandiez cette boue sur un sol déjà assez difficile à ravoir... "
Elle haussa brusquement le ton sans ralentir le pas ni le débit de paroles :
"...Et tâchez donc de ne pas répandre de sang le temps que nous bandions ça bon sang ! C'est insupportable à faire nettoyer !"
Peut être une façon de sous-entendre qu'elle ne le laisserait pas dans son état pitoyable indéfiniment... Tout en signifiant à quel point elle pouvait être irritée que ce soit elle qui ait à se charger de cette situation !
Ils atteignirent une porte que la draeneï ouvrit à la volée, non sans héler un garde en bout de couloir :
"Vous ! Faites passer le message que nous hébergeons un réfugié pour la nuit. Son identité n'a pas encore été vérifiée. Je veux de la méfiance et une attention sans faille !"
Le garde se contenta de hoche la tête, visiblement peu enclin à répondre à la harpie locale.
Sans se soucier plus longuement de l'ordre qu'elle venait de donner, Hadjirah fit signe à Augustus de pénétrer en premier dans la pièce qu'elle venait de dévoiler. Une sorte de remise de matériel, visiblement, où nombre d'étoffes, de vêtements, chaussures, capes, et autres équipements non militaires étaient entassés :
"Nous allons vous trouver de quoi ressemble à autre chose qu'un réprouvé au sortir de la tombe, et respecter un minimum l'harmonie des lieux. Cherchez donc ce qui correspond à votre taille. Je vous laisserai vous changer ensuite."
Pénétrant dans la pièce à la suite d'Augustus, elle enchaîna sans lui laisser le moindre répit, comme si elle suivait les rails d'un plan de harcèlement moral parfaitement huilé :
"Savez vous seulement où vous vous trouvez ? Vous êtes prié de décliner votre identité. Et avant toute chose..."
Elle tendit sa lanterne en direction de la jambe de l'inconnu :
"Soulevez ce qui reste de vos étoffes, je veux voir cette blessure. Soyez certain qu'au moindre signe de contamination par une quelconque peste réprouvée, nous saurons le détecter et réserver le traitement approprié à ce genre de cas."
La menace était réelle, mais proférée sur le même ton que le reste de ses dires. Egale, digne et implacable, la draeneï acheva enfin son interrogatoire en règle par un point final à l'ambiance sympathique qu'elle venait d'instaurer :
"Et faites vite, que je sache si je vous fais préparer à manger ou un échafaud. J'ai autre chose à faire de mes nuits que de démêler ce genre de problèmes."
Visiblement, l'une ou l'autre solution ne faisait ni chaud ni froid à l'occupante des lieux.
Elle réajusta la ceinture de sa robe de chambre dans un geste sec ne laissant nul doute sur son plaisir à se tenir ainsi dans une partie mal chauffée du bastion en compagnie d'un dégoulinant intrus.
Posté : dim. 12 déc., 2010 4:25 pm
par Augustus V. Lutgardis
Quand finalement la démone lui fit signe d'entrer, Augustus von Lutgardis n'y crut pas vraiment. Mais la sécheresse du geste était tel qu'il n'avait plus tout à fait le choix, maintenant. Il avait demandé l'asile pour la nuit, et le voilà maintenant à moitié hésitant, redoutant cet abris qui pouvait être aussi redoutable qu'une toile d'araignée. Mais ses pas le guidèrent toutefois jusqu'à l'intérieur du bâtiment. Le clac sonore de la porte résonnait dans sa tête en écho un petit moment, jusqu'à ce que ses yeux s'accoutument à la lumière des torches fixées au mur. Il faisait en effet étonnamment plus chaud dans la bâtisse, et il sentait déjà ses articulations chasser la pluie qui s'étaient logée dans les plis de sa peau ou de ses vêtements. Claudiquant légèrement de sa patte folle, il fit quelques pas vers l'intérieur, avant de se faire dépasser par la chose qui lui avait ouvert la porte. En effet, après plus de six ans d'emprisonnement derrière un mur, jamais un Gilnéen n'avait rencontré de Dranaë. Ou encore moins de satyre, ou de grande créature à la peau sombre ou avec des cornes. Quelques invectives plus tard, ils arrivèrent finalement dans une pièce qui ressemblait à s'y méprendre à un «foutoir».
Malgré toute la froideur et l'austérité de la personne qui le conduisait à travers les couloirs de la garnison, il se sentait un peu materné. Augustus était comme pris en charge par une vile matrone qui n'avait pas si mauvais fond? Il ne valait mieux pas s'avancer trop vite, les apparences sont trompeuses, et un Gilnéen est le premier à faire les frais du dicton.
Dans la pièce encombrée de tas d'équipement et de vêtements inusités, Augustus fut prié de retirer sa plaie obstruée et de décliner son identité. Il le fit sans ménagement, de peur d'irriter encore son hôte et surtout que sa fatigue ne lui permettait pas de faire la forte-tête comme il aurait put le faire à l'époque de la cour du bon roi Genn Grisetête. Soulevant alors le tissu élimé, il dévoila plusieurs marques de griffures, longues et relativement profondes, obstruées par le sang et la boue. Cette blessure avait bien quelques jours. Mais pour une raison inexplicable, il n'avait pas encore cicatrisé. Ou pas assez pour éviter de saigner périodiquement. Augustus grimaça.
«Je suis.. Augustus von Lutgardis.. Et je ne sais pas précisément où je suis, désolé.»
Il déposa son regard un instant contre celui de son interlocutrice diabolique et de race inconnue, et frissonna quelque peu. Si ce n'était pas de la pure méchanceté, la froideur du dédain le dérangeait vraiment. Il avait l'impression désagréable qu'elle le prenait de haut. Il chercha des yeux une chemise et une paire de chausses correcte, ainsi qu'un nouveau pantalon qui pourrait aller avec sa redingote, son veston, sa cravate, et bien sur, son haut-de-forme, qu'il avait gardé soigneusement sous le bras depuis son entrée sous le toit.
Posté : dim. 12 déc., 2010 7:19 pm
par Hadjirah
La présumé démone détailla la plaie du regard, inquisitrice et concentrée. Elle se dirigea vers l'une des étagères et se saisit d'une épaisse étoffe rugueuse, continuant de son ton monocorde et inquiétant :
"Pas de peste en vue. Dommage pour l'échafaud. Dans ce cas je suppose que je suis forcée de continuer la procédure d'asile."
La démone en robe de chambre afficha une moue dédaigneuse avant de reprendre :
"Vous êtes non loin d'Hurlevent, entre les murs de la garnison du ruisseau de l'Ouest. Cet endroit appartient au l'Ost Pourpre. Un ordre militaire à qui vous devez votre abris de ce soir."
Elle annonçait cela d'une manière protocolaire parfaitement mesurée, à la manière de ceux qui ne connaissent trop bien leur rengaine. Même si son apparence ne rappelait pas forcément celle d'un vétéran du front...
Elle redressa le menton :
"Je suis Hadjirah Saliha Lahidi. Officier sénéchal de cet ordre, et responsable de l'ordre de ses effectifs. Ca ne sous entend pas qu'en plus de gérer les hommes, je sois la responsable des âmes perdues locales, mais il faudra faire avec le contretemps que vous représentez."
Augustus était il tombé au coeur d'une armée de démons, face à l'une de leurs représentantes ?
Elle ne lui laissa guère le temps de réfléchir, et lui lança son étoffe sans ménagement, reprenant froidement :
"Retirez vos frusques, séchez vous avec ça, et changez vous avec ce que vous avez pu trouver. Nous ferons ensuite nettoyer vos effets personnels, et je suppose qu'il s'agira de trouver de quoi vous restaurer. Nous passerons également par l'infirmerie nettoyer ce qu'il reste de votre jambe et aviser du fait que vous puissiez la garder ou non. Et je suppose qu'un lit de camp ne sera pas de trop."
Une fois énoncé son plan - qui ne paraissait pas si diabolique que ça - elle toisa une dernière fois son "invité" avant d'achever sèchement en posant sa lanterne au sol dans la remise :
"Faites vite. Le programme est chargé. Sortez quand vous êtes prêt."
A ces mots, elle claqua la porte, laissant Augustus seul avec une lanterne faiblarde et l'ordre express de se sécher et de se changer.
Posté : dim. 12 déc., 2010 7:38 pm
par Lomah de Sangre
- Haaaadjiraaaaah...
Une voix mielleuse et indubitablement féminine ronronne dans le couloir. Les flammes des torches du corridor vacillent puis s'éteignent soudain.
- Où es-tuuuu vilaine Cornuuue.... ?
Froufroutement de soie sauvage. Bruit de pieds nus sur les pavés.
- Il fait si froooid dans mon grand lit et tu m'as abandonnééééeee !!!
Voix de gamine qui fait sensiblement la moue.
Grattements contre le bois de la porte du débarras, inquisiteurs.
- Ooh je vois qu'on est joueuse ce soir !
Gloussements.
Loquet qui se débloque, poignet qui tourne sur ses gonds.
La porte s'ouvre soudain sur une vision d'homme dans son plus simple appareil qui, à la lumière d'une lanterne posée au sol, pousse des couinement en essayant de masquer vaguement sa virilité trempée.
Je hausse un sourcil.
Cette scène a quelque chose d'incongrue : La Chambellan dans son déshabillé de soie rose à la transparence éloquente face à ....un homme trempé, blessé qui se cache les couilles avec un chapeau haut de forme.
Je me retourne vivement en sentant une présence dans mon dos. Hadjirah me toise de toute sa hauteur. Mon regard va de elle à "lui", puis de "lui" à elle. Et je recommence l'opération un certain nombre de fois avant de papillonner des cils.
- C'est pour ça que tu me fais faut bon au beau milieu de la nuit ? Tu aurais pu trouver un peu plus virile et un peu moins dépenaillé.... Tu fais bien peu cas de ton charme exotique naturel, Chérie ! Dis-je en rajustant les boucles brunes de son opulente chevelure noire.
Posté : dim. 12 déc., 2010 9:40 pm
par Augustus V. Lutgardis
Après que la marâtre lui ait expliqué la situation, dispensé son diabolique avis, dis son nom puis claqué sa porte au nez, Augustus pouvait enfin soupirer de soulagement. Il allait avoir un logement pour cette nuit, et même un repas chaud. Ce n'était pas comme s'il avait traqué des cerfs pendant son voyage et les avait violemment dépecés. Il s'était contenter de manger des baies qui poussaient dans les buissons, pour contenter ses besoins en énergies pour continuer de marcher. Mentalement, il pouvait retracer son voyage. La dérive à la nage, sur une planche de bois depuis la côte de Gilnéas, qui s'était faite engloutie par les eaux lors d'un violent tremblement de terre, le débarquement sur une plage d'Arathi, puis la marche interminable jusqu'aux Paluns. Là, il avait croisé une caravane de marchands qui accepta de le compter parmi eux, et ce jusqu'à la forêt d'Elwynn. Sans repère, il avait encore erré dans les bois, continuant de marcher vers le Sud en quête d'un refuge. Et il était tombé sur ce lieu, tenu par une Sénéchal impitoyable d'un ordre militaire. Elle lui avait clairement fait comprendre qu'il était indésirable. Tant pis, le lendemain, il allait à la cité d'Hurlevent pour voir s'il pouvait acquérir un logement.
Alors qu'il était en train de se déshabiller, la porte du débarras s'ouvrit à la volée. Instinctivement, Augustus porta son chapeau haut-de-forme vers son sexe, étant surpris dans sa tenue d'Adam. Une femme dans sa plus simple nuisette avait fait son apparition et le dévisageait. Augustus ne put s'empêcher de pousser un petit cri de protestation, rougissant plus que le sang restant dans sa tête ne le pouvait faire. Il profita d'un instant où la dame s'était retournée pour enfiler le pantalon aux tons sombres qu'il avait mis de côtés, et se mit avec tout autant de célérité une chemise grisâtre sur le torse. Il ne faisait pas tellement attention à ce qu'il se disait devant lui, mais étant gêné comme on ne pouvait l'être, il eut un moment d'hébètement. Les échanges entre ces femmes étaient... saugrenus.
Il finit par remettre ses vêtements qui étaient rester secs -blazer, redingote, cravate- et garda son haut-de-forme noir à la main. Il rentra ses pieds en grimaçant dans de vieilles chaussures dont le cuir s'en allait un peu à la pointe. Il s'avança alors, dans une tenue un peu plus appropriée aux relations sociales stables, et inclina légèrement la tête devant la nouvelle personne qu'il n'avait pas eu l'occasion de saluer, dans son élan de stupeur.
«B..bonsoir, excusez-moi de vous avoir surprise...»
Puis il redressa son regard vers la démoniaque Sénéchal, qui semblait plus désabusée qu'un troll ayant le ventre vide; lui faisant signifier qu'il s'était bien changé aussi rapidement que cela lui fut permis. On pouvait maintenant en plus de la fatigue, déceler dans son regard une sorte de crainte. L'autre femme avait des allures folâtre qui contrastaient avec la situation présente.
Posté : dim. 12 déc., 2010 10:32 pm
par Hadjirah
Face à la rousse apparition qui faisait danser ses mains dans ses cheveux, la draeneï s'était figée, et dévisageait la nouvelle intervenante, interdite. Elle haussa un sourcil, puis l'autre, alors que celle qui paraissait bien petite à côté de la démone lui minaudait sous le nez.
Une moue agacée se peignit sur le visage sombre :
"Si je commence à ramener des animaux de compagnie dans la chambre, ils vont vouloir finir par dormir dans le lit, et on ne pourra plus s'en séparer ensuite."
Le ton était sec et irrité. La draeneï contemplait la rousse en se raidissant encore un peu plus - si c'était possible - comme si cette frêle petite chose était capable d'horripiler la gorgone plus que n'importe quoi d'autre :
"Et je serais revenue bien plus vite si mon contretemps ne s'était pas éternisé. "
Etait elle consciente des sous entendus de ses mots ?
Quoiqu'il en soit, elle tendit une main vers Augustus, désignant l'objet de sa première contrariété :
"Il se trouve que ce... comment les appelez vous... Gilnéen ? Bref. Lui. Etait en train de gratter à la porte en quémandant une niche et une écuelle. Je n'étais pas contre le remettre à la porte, mais tu sais, après l'incident... Enfin, si on retrouve encore quelqu'un dans le lac, on va encore m'accuser de ne pas gérer efficacement l'accueil des nécessiteux."
"Et pourtant ma gestion est tout à fait logique !"
La draeneï était brusquement plus bavarde, et plus agitée, bien que toujours aussi antipathique. Comme si la présence de la fort peu habillée arrivante avait activé quelque énergie cachée.
Hadjirah pinça les lèvres :
"Et je suppose que maintenant, il est inutile que je t'ordonne d'aller te recoucher et de m'attendre ? Tu vas vouloir jouer avec pendant que je lui donne à manger, je présume ?"
La draeneï en revint alors à Augustus, lui exposant sa terrible sentence :
"Jusqu'ici vous aviez une chance de vous en sortir indemne, sir Lutgardis. J'espère que vous mourrez toujours autant de faim que tout à l'heure ?"
Finalement la démone n'était peut être que la gardienne du véritable démon de ces lieux...
Elle en revint à Lomah, concluant d'un air outré :
"Vraiment. Comment peut on laisser entendre que je suis une mauvaise hôte après tout ça ? Je te jure..."
Posté : dim. 12 déc., 2010 11:11 pm
par Lomah de Sangre
- C'est parce que tu ne ne souris pas assez ma petite Gargouille en sucre ! Regarde-moi !
Je bats des cils en lui offrant mon plus beau sourire de diamantaire et me hisse sur la pointe des pieds pour lui pincer les joues et remonter les coins de sa bouche.... Peine perdue.
-B..bonsoir, excusez-moi de vous avoir surprise...
Je regarde l'inconnu avec un haussement de sourcil stupéfait comme si je le voyais pour la première fois :
- Mais il parle ? Oooh , Djidji chérie ! Je t'ai toujours dit d'en prendre des silencieux ou des muets, après ils veulent faire la conversation sur l'oreiller et c'est d'un rasoir !
Je soupire d'agacement. Ma Cornue a du mal à retenir les leçons les plus élémentaires en matière d'homme.
- Tu es sur de vouloir lui donner à manger ? Après il va s'attacher et tu vas attraper le mariage !
Et j'ajoute comme si je m'adressais à une petite fille qui essaie d'avoir un bon point devant sa maitresse.
- Enfin , tu veux nous prouver que tu es une hôte bien élevée et me rendre fière de toi ! Je ne peux que t'encourager !dis-je en lui tapotant la tête.
Je me tourne vers le jeune homme qui a tout l'air d'un chat mouillé qui n'aurait pas mangé de croquettes depuis des lustres. Et sans ménagement je lui prend le menton de ma main brulée, et lui tourne le visage en tout sens en l'inspectant des mes pupilles d'or. Ainsi traité comme du bétail, il doit se demande qui de moi ou de la draneï est la démone. Il ne saurait se tromper d'avantage....
Pas de conjonctivite apparente, pas de poux, une pilosité non entretenue depuis quelques jours mais qui a l'habitude d'être soignée, une hygiène laissée en suspend depuis tout autant. Cet homme a fuit quelque chose mais je ne sais pas encore quoi. A part la vilaine blessure au mollet droit et l'odeur, il a l'air "sain".
- Gilnéen, vous dites ?
Je lui retrousse les lèvres pour observer ses dents. Je plisse les yeux en affinant mon observation.
- On entend beaucoup de choses sur "vous autres" depuis le Cataclysme...
Ma phrase reste en suspend quelques secondes entre lui et moi, gorgée d'une suspicion palpable.
- Enfin j'imagine qu'en tant que frères des Terres du Nord on ne se ferme pas la porte....
Un sourire chafouin étire mes lèvres sur cette vilaine pique.
- Car voyez-vous dans votre malheur, vous avez tout de même réussi à atteindre le seuil de la seule terre d'asile Lordaeronnienne des Royaumes de l'Est. Voyez comme les choses sont bien faites ! enfin nous aurons tout temps de nous esbaudir du destin autours d'une collation nocturne ! Allons épuiser les réserves de notre "officier du Moral" !
Je l'invite à nous suivre en cuisine. Hadjirah ouvrant la voie avec sa lanterne, moi la fermant en déshabillant le fessier en marche de notre invité impromptu.
Posté : lun. 13 déc., 2010 6:43 pm
par Augustus V. Lutgardis
Si Augustus avait été autre chose qu'un noble, il ne se dirait pas qu'il avait l'impression d'être tombé sur une maison de fous. Mais là, l'assurance d'un foyer et d'un repas l'enorgueillissait à avoir des idées de ce genre. Il se faisait traîter comme un chien, avait-il l'impression... Pourtant il n'était qu'un humble réfugier de Gilnéas! Et mieux, il savait maintenant que ses comparses et lui-même s'étaient alliés au royaume d'Hurlevent. Etait-ce ainsi que l'hospitalité avait changé en dehors du monde, durant cette longue période d'autarcie protectionniste Gilnéenne? Ce n'était pas si important... du moins, après se faire brimer comme un chien, il ne pouvait y avoir la porte pour lui donner le coup de grâce. Mais ce n'était pas le cas. Il s'accrochait à la lueur et à la chaleur des torches pour se revivifier. Ce sanctuaire de démons, cet asile de guerriers fous, n'était pas si mal, en dehors du traîtement qu'était réservé aux étrangers un peu boueux un jour de pluie. Certes, il était Worgen. C'était déjà une chose bien pénible à vivre et encore plus à cacher. Il avait d'ailleurs la désagréable impression que les femmes présentes faisaient exprès de le trainer en sac-à-puces, dérangeant et surtout s'outrait de voir que sa présence, aussi réduite par son voyage fut-elle, était masculine. Hé bien, oui, c'était un homme, mais dans les circonstances présentes, cela présentait relativement peu d'importance.
Avant d'être un homme, il était un être qui avait froid et faim, et c'est tout. Quand la Dame à la chevelure de feu le passa au peigne fin, Augustus essaya de ne pas sourciller. C'était déjà assez désagréable de se faire découvrir nu, il fallait encore qu'on lui retourne la peau sous toutes les coutures. Il fixa le plafond des yeux, trouvant l'examen horriblement long et fastidieux. Elle regarda même l'état de ses dents! Que croyait-elle? Il n'allait pas la dévorer sur place, ne se mettre à développer une soudaine lycanthropie. Mais la rouquine évoqua un mot qui résonna dans l'esprit du Gilnéen. Le Cataclysme...? Tout ces tremblements de terres avaient dû se produire un peu partout dans le monde et causer de gros dégâts. Comme lui avait perdu sa terre, ses fermes et surtout tout son argent. Puis il fut question de voisins des Terres du Nord. Des originaires de Lordaeron? Le royaume voisin de Gilnéas? Augustus avait beau se retourner dans tous les sens, il n'y avait qu'une seule chose qui provenait de Lordearon : les Réprouvés. Ces zombies infâmes avaient attaqué leur capitale au moment même où ils étaient mis à mal par la Malédiction! Maudits mangeurs-de-tête.
Augustus ne préféra pas relever tout le beau paquet de brimades et de comparaisons avec un chien errant. C'était plus pour une question de tenue, de politesse et surtout de respect que d'honneur, en ces circonstances où il leur était déjà redevable. Il avait beau avoir contracté une maladie lui faisant ressembler à un canin par moments, il n'en restait pas moins un Homme -un BEL HOMME- d'apparence. Il acquiesça quand la démone à la peau sombre lui demanda s'il avait faim. Nonobstant le fait que c'était un noble, il avait laissé de côté toutes ses manières élitistes pour l'instant et préférait s'en remettre -sans pour autant être profondément masochiste- aux soins de ces dames, les suivants au travers d'un couloir.
«Je vous remercie, je vous suis éternellement redevable...»
Puis, une question le tarauda. Plutôt plusieurs en fait. Même la fatigue ne put le retenir.
«..Alors ainsi vous êtes des voisins de Lordaeron? Et vous avez fondé l'Ost Pourpre près d'Hurlevent? Les mort-vivants ont pris tout votre royaume?»
Il imaginait maintenant, du mieux qu'il le pouvait, quelques affaires de vengeances et de reconquêtes... Mais aller trop loin serait tuer son esprit déjà bien engourdis.
Posté : lun. 13 déc., 2010 7:10 pm
par Hadjirah
Bercée par l'irritant babillage de Lomah, Hadjirah fit claquer ses sabots sur le sol et mena la petite troupe jusqu'à une nouvelle pièce, mieux éclairée, et surtout mieux chauffée. Il s'agissait d'une sorte de salle commune. Des plus sobres, meublée de quelques tables et bancs de bois, elle abritait quelques râteliers d'arme vides à cette heure, et un large escalier de bois menant vers les étages supérieurs.
Une fois sur place, la glaciale draeneï indiqua l'un des bancs :
"Avant d'offrir une reconnaissance éternelle à n'importe qui, attendez donc de ressortir d'ici en un morceau."
Elle ne semblait pas plaisanter lorsqu'elle ajouta :
'Votre âme est définitivement trop facile à collecter."
Elle s'apprêtait à s'éloigner lorsqu'il posa ses dernières questions, au sujet de Hurlevent, de Lordaeron, et des réprouvés.
Elle fixa Augustus, interdite, puis son regard glacial glissa jusqu'à Lomah, comme si la réponse se trouvait quelque part dans l'aura de la rousse en nuisette :
"Pour ma part, je ne fais qu'adhérer aux idéaux de ceux qui en valent la peine. De ceux qui étaient là, et qui n'en parlent pas à la légère."
Pas d'intonation dans cette dernière phrase. Une morne constatation tout au plus. La draeneï contempla encore la rousse un instant de plus avant de continuer comme si cela coulait de source :
"Je vais vais voir si quelqu'un est encore debout aux cuisines."
A ces mots, elle fit volte face, s'éloignant des deux autres. Elle passa à côté de Lomah, assez proche pour que le déplacement de vent agite la chevelure rousse et la chevelure sombre dans un même mouvement troublant d'unité.
Puis elle s'éclipsa en franchissant une petite porte de bois menant à ce qui semblait être un escalier descendant sous le bastion.
Posté : lun. 13 déc., 2010 7:40 pm
par Lomah de Sangre
- ..Alors ainsi vous êtes des voisins de Lordaeron? Et vous avez fondé l'Ost Pourpre près d'Hurlevent? Les mort-vivants ont pris tout votre royaume?
Je blêmis soudain, figée.
Quelque chose au fond de mon estomac se contracte. Ma chair se gorge soudain de la colère de six année d'exil, d'une généalogie décimée par la Peste et dont la mémoire douloureuse est inscrite dans chaque pulsation de mon cœur.
Hadjirah m'observe, elle sait, elle connait Lomah sur le bout des doigts. Avec une économie de mots elle me laisse le réfugié en pâture. Son départ est un assentiment.
Avec une brusque sauvagerie j'empoigne la tignasse de ce salopard Gilnéen et tire dessus pour l'obliger à me faire face. Les chandelles crépitent plus fort, les torches vacillent, l'atmosphère de la pièce devient soudain étouffante comme saturé de cendres. Mes yeux d'or brillent de fureur, ils n'ont rien d'humain à cet instant et considère l'étranger à l'instar d'une flaque de vomis sur mes chaussure vernis. Mon contact est brulant, comme attraper une casserole d'eau bouillante sans protection. Ma voix grave et sourde lui crache ces mots au visage qu'il a à quelque centimètres de mes lèvres
- Écoute-moi bien, espèce de pourriture : Si les Réprouvés ont "pris" tout notre Royaume nous obligeant à nous exiler comme des moins que rien sur des terres étrangères par trop lointaines, c'est parce que nos "aimables voisins" les plus proches nous ont fermé leurs portes quand nous avions désespérément besoin de leur aide. Des millions de MES compatriotes ont crevé comme des chiens de la Peste, du Fléau puis de l'Invasion Réprouvée sur le seuil de ton Royaume de lâches et de traitres. Et vous n'avez jamais levé ne serait-ce que el petit doigt.
La chaleur est intenable. La pièce est si rougeoyante qu'on se croirait dans la gorge d'un volcan en irruption. Et je le vois gesticuler et suer à grosse goutte. Il a beau être plus grand et mieux bâtit que je ne le saurait jamais, il craint le feu comme n'importe quel être humain.
- Toi et ta clique êtes suffisamment couards pour avoir effacé ceci de vos livre d'histoire , hein !? HEIN ?! Vous faites moins les malins maintenant que vous avez le goût de la spoliation de votre patrie dans la bouche, pas vraie ?
Je le le relâche brusquement, la fournaise disparait comme par enchantement, la salle commune est à nouveau silencieuse. Il me regarde comme si il avait rêvé, mais les poils roussis de ses cheveux sont un témoignage trop probant.
Je reprend sur un ton plus badin tout en m'asseyant à table :
-Enfin... La politique diplomatique de notre Chère Connétable en ce qui concerne les habitants de Gilnéas est à l'ouverture. Elle considère, avec sagesse d'ailleurs, que le Peuple du Nord s'est assez déchiré et qu'il faut s'unir face à la Putain des Catacombes.
Je souris. Un sourire tranchant. Un timbre doucereux.
- Mais moi, moi, je n'oublie pas.....