[Candidature acceptée] Le retour d'un vieux radis...
- Egmond de Darrow
- Retraité de l'Ost
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- Enregistré le : jeu. 11 juin, 2009 9:11 am
[Candidature acceptée] Le retour d'un vieux radis...
Quelques mois plus tôt.
"Respire, vieil homme, je ne t'ai pas tiré de la flotte pour que tu crèves comme un rat."
La voix résonna dans ses oreilles comme deux pierres qu'on entrechoque. Un instant, la tentation lui vint d'ouvrir les yeux, mais le retour à un état totalement conscient lui provoqua immédiatement une sensation de vertige au-delà de l'imaginable, comme au-devant d'une falaise escarpée. Son ventre lui faisait mal, ses jambes aussi, son front paraissait prit dans un étau. Il sentait un liquide épais, à peine tiède, s'écouler de son nez en un fin filament. Il passa presque inconsciemment sa langue sur ses dents, dont plusieurs se révélèrent brisées, et une partie de sa gencive était ouverte.
"Cette ordure d'humain est à peine plus vivace qu'un radis, y'a rien à espérer, laisse-le mourir, Grak... T'es vraiment bon à jeter... "
"Il m'a sauté dessus lorsque nos bateaux se sont éperonnés. J'ai rarement vu autant de fougue chez un humain. Il m'a sauté littéralement dessus, et s'est mit à tournoyer avec son épée à deux mains. Deux réprouvés se sont laissés surprendre et ont perdu leur tête, mais pas moi... J'y ai mit mon bouclier.. et d'ailleurs, r'garde-le mon bouclier, on croirait une de ces sculptures des Elfes de Sang, t'sais là, leur armodairne, qu'y disent. Haha."
"Comme tu veux, Grak. Je n'm'en balance. J'sais même pas où nous sommes..."
Egmond ouvrit les yeux. Il n'y avait personne. Il ne voyait que très peu. Son oeil droit s'ouvrait à peine, l'autre partie de son visage était à moitié immergée dans une flaque d'eau piquante. Il reposait sur de la pierre nue, humide. Les grognements des deux individus se répercutaient avec insistance sur les murs de l'endroit, où était-ce contre les parois de son esprit embrumé? Il n'en savait rien. Il sentait son poing serré contre une étoffe mais il ne se risqua pas à remonter son bras vers sa tête.
"C't'une caverne."
"M'étonne qu'ils t'aient pas fichu au génie militaire, toi, vu tes éclairs de génie."
"Si tu savais à quel point tu peux aller t'faire voir, Varock..."
Egmond entendit un raclement métallique, suivit une seconde plus tard d'un deuxième et d'un silence tendu. Il avait si mal. Chaque centimètre de son corps le lançait, comme chauffé à blanc puis trituré par d'infimes aiguilles. Néanmoins, le retour à la réalité était toujours plus concret. Le fourmillement dans le bout de ses doigts, auxquels manquait la prise ferme d'une garde d'épée, et l'adrénaline dû à la situation s'empressèrent de réchauffer son corps endoloris. Son instinct lui hurlait à pleins poumons de se lever d'un bond, mais sa raison lui serinait q'un tel acte le ferait retomber à terre aussitôt.
Il patienta.
"J'ai jamais pu t'blairer, raclure de Troll... Z'êtes bon qu'à poignarder dans le dos et à vous plaindre de votre passé..."
"N'empêche que je te saigne si t'approche. Tellement que j'aurai de quoi survivre ici au moins plusieurs jours rien qu'avec c'qui t'sortira des veines."
Un hurlement de rage s'ensuivit, puis quelques chocs métalliques, et un gargouillement sinistre. Egmond en profita pour se redresser, son tibia le lança atrocement, et plus encore son coude gauche, ses yeux pesaient sous ses paupières comme deux billes de plombs. Il sentait sa barbe, filasse, empêtrée dans un mélange de vase, de sang et de morve. Son épée avait disparue. Il voyait une faible lueur du à un trou dans la roche au-dessus de sa tête, et la lumière qui pénétrait se reflétait avec éclat contre une nappe d'eau noire. De nombreux morceaux de bois brisés s'étendaient sur la roche. Il s'empara de l'un d'eux quand il vit enfin les deux silhouettes plaquées contre le mur. La première, longiligne, sèche, osseuse, dos à la pierre, ses mains s'entaillant à essayer d'agripper la lame plantée dans sa cage thoracique, tenue avec une fermeté implacable par la deuxième silhouette, trois fois plus massive, aux muscles saillants et tendus à l'extrême. Ses petits yeux noirs brillaient comme deux billes d'obsidienne, cruels et pourvus d'une réelle intelligence sous l'air balourds des traits de son visage marqué. Le Troll gargouilla, cracha, siffla, trépigna pour s'extirper de cette lame immobile, aggravant lui-même, à la manière d'un boucher maladroit, une blessure déjà critique. Le sang, noir, s'écoula le long de la lame, de son torse frêle, tandis que les gestes saccadés de Varock se muaient en spasmes de douleur et que ses mains, en charpies, renonçaient et acceptaient le sort advenu au corps auquel elles appartenaient. Egmond remarqua que le dénommé Grak tenait dans son autre main une parodie de bouclier, fendu aux trois quarts en quatre endroits. Egmond ne parvenait pas à se souvenir d'une telle bataille...
"Cette fois, Varock, je sens qu'tu r'grettes tes paroles..."
Egmond s'approcha, mais alors qu'il levait, dans un effort qui lui parut surhumain, le morceau de bois trempé qu'il avait ramassé, le corps presque affalé de Varock se tendit comme un arc et dans un geste funeste, s'empara d'une dague coincé dans ses braies. D'un mouvement ample, en arc-de-cercle, qui entraîna sa chute et sa mort, Varock trancha nette la carotide de l'Orc. Grak cria, retira sa lame des entrailles de son meurtrier et prit le Troll par le cou avant qu'il ne touche le sol, le lançant dans l'eau noire comme on lancerait une poupée de chiffon. Puis il s'appuya contre le mur, sa main épaisse tentant sans succès de colmater le sang qui s'écoulait à flot de son artère tranchée. Son visage se tourna comme celui d'un prédateur blessé lorsque Egmond esquissa un pas supplémentaire.
"Toi... Haha... Toi, tu valais la peine qu'on te laisse la vie, contrairement à lui..."
"Je ne comprends pas pourquoi." Répondit Egmond avec une voix qu'il ne reconnut pas.
"Nous sommes de vrais guerriers... lui, c'était une ordure..."
L'orc se mit à rire et s'assit contre le mur, renonçant à endiguer l'énergie vitale qui fuyait son corps. Un être humain serait mort depuis longtemps, et n'aurait pas pu parler... Mais il s'agissait d'un Orc, particulièrement robuste, qui plus est. Egmond lâcha son morceau de bois, et alla se laisser tomber, assis à côté de lui. Le sang épais de l'Orc coulait lentement de sa blessure, moins fluide que celui d'un humain. Néanmoins, la blessure était trop large pour qu'une simple étoffe puisse la soigner, et quand bien même, les fibres auraient tôt fait de se dissoudre et d'infecter la plaie.
"Respire, vieil homme, je ne t'ai pas tiré de la flotte pour que tu crèves comme un rat."
La voix résonna dans ses oreilles comme deux pierres qu'on entrechoque. Un instant, la tentation lui vint d'ouvrir les yeux, mais le retour à un état totalement conscient lui provoqua immédiatement une sensation de vertige au-delà de l'imaginable, comme au-devant d'une falaise escarpée. Son ventre lui faisait mal, ses jambes aussi, son front paraissait prit dans un étau. Il sentait un liquide épais, à peine tiède, s'écouler de son nez en un fin filament. Il passa presque inconsciemment sa langue sur ses dents, dont plusieurs se révélèrent brisées, et une partie de sa gencive était ouverte.
"Cette ordure d'humain est à peine plus vivace qu'un radis, y'a rien à espérer, laisse-le mourir, Grak... T'es vraiment bon à jeter... "
"Il m'a sauté dessus lorsque nos bateaux se sont éperonnés. J'ai rarement vu autant de fougue chez un humain. Il m'a sauté littéralement dessus, et s'est mit à tournoyer avec son épée à deux mains. Deux réprouvés se sont laissés surprendre et ont perdu leur tête, mais pas moi... J'y ai mit mon bouclier.. et d'ailleurs, r'garde-le mon bouclier, on croirait une de ces sculptures des Elfes de Sang, t'sais là, leur armodairne, qu'y disent. Haha."
"Comme tu veux, Grak. Je n'm'en balance. J'sais même pas où nous sommes..."
Egmond ouvrit les yeux. Il n'y avait personne. Il ne voyait que très peu. Son oeil droit s'ouvrait à peine, l'autre partie de son visage était à moitié immergée dans une flaque d'eau piquante. Il reposait sur de la pierre nue, humide. Les grognements des deux individus se répercutaient avec insistance sur les murs de l'endroit, où était-ce contre les parois de son esprit embrumé? Il n'en savait rien. Il sentait son poing serré contre une étoffe mais il ne se risqua pas à remonter son bras vers sa tête.
"C't'une caverne."
"M'étonne qu'ils t'aient pas fichu au génie militaire, toi, vu tes éclairs de génie."
"Si tu savais à quel point tu peux aller t'faire voir, Varock..."
Egmond entendit un raclement métallique, suivit une seconde plus tard d'un deuxième et d'un silence tendu. Il avait si mal. Chaque centimètre de son corps le lançait, comme chauffé à blanc puis trituré par d'infimes aiguilles. Néanmoins, le retour à la réalité était toujours plus concret. Le fourmillement dans le bout de ses doigts, auxquels manquait la prise ferme d'une garde d'épée, et l'adrénaline dû à la situation s'empressèrent de réchauffer son corps endoloris. Son instinct lui hurlait à pleins poumons de se lever d'un bond, mais sa raison lui serinait q'un tel acte le ferait retomber à terre aussitôt.
Il patienta.
"J'ai jamais pu t'blairer, raclure de Troll... Z'êtes bon qu'à poignarder dans le dos et à vous plaindre de votre passé..."
"N'empêche que je te saigne si t'approche. Tellement que j'aurai de quoi survivre ici au moins plusieurs jours rien qu'avec c'qui t'sortira des veines."
Un hurlement de rage s'ensuivit, puis quelques chocs métalliques, et un gargouillement sinistre. Egmond en profita pour se redresser, son tibia le lança atrocement, et plus encore son coude gauche, ses yeux pesaient sous ses paupières comme deux billes de plombs. Il sentait sa barbe, filasse, empêtrée dans un mélange de vase, de sang et de morve. Son épée avait disparue. Il voyait une faible lueur du à un trou dans la roche au-dessus de sa tête, et la lumière qui pénétrait se reflétait avec éclat contre une nappe d'eau noire. De nombreux morceaux de bois brisés s'étendaient sur la roche. Il s'empara de l'un d'eux quand il vit enfin les deux silhouettes plaquées contre le mur. La première, longiligne, sèche, osseuse, dos à la pierre, ses mains s'entaillant à essayer d'agripper la lame plantée dans sa cage thoracique, tenue avec une fermeté implacable par la deuxième silhouette, trois fois plus massive, aux muscles saillants et tendus à l'extrême. Ses petits yeux noirs brillaient comme deux billes d'obsidienne, cruels et pourvus d'une réelle intelligence sous l'air balourds des traits de son visage marqué. Le Troll gargouilla, cracha, siffla, trépigna pour s'extirper de cette lame immobile, aggravant lui-même, à la manière d'un boucher maladroit, une blessure déjà critique. Le sang, noir, s'écoula le long de la lame, de son torse frêle, tandis que les gestes saccadés de Varock se muaient en spasmes de douleur et que ses mains, en charpies, renonçaient et acceptaient le sort advenu au corps auquel elles appartenaient. Egmond remarqua que le dénommé Grak tenait dans son autre main une parodie de bouclier, fendu aux trois quarts en quatre endroits. Egmond ne parvenait pas à se souvenir d'une telle bataille...
"Cette fois, Varock, je sens qu'tu r'grettes tes paroles..."
Egmond s'approcha, mais alors qu'il levait, dans un effort qui lui parut surhumain, le morceau de bois trempé qu'il avait ramassé, le corps presque affalé de Varock se tendit comme un arc et dans un geste funeste, s'empara d'une dague coincé dans ses braies. D'un mouvement ample, en arc-de-cercle, qui entraîna sa chute et sa mort, Varock trancha nette la carotide de l'Orc. Grak cria, retira sa lame des entrailles de son meurtrier et prit le Troll par le cou avant qu'il ne touche le sol, le lançant dans l'eau noire comme on lancerait une poupée de chiffon. Puis il s'appuya contre le mur, sa main épaisse tentant sans succès de colmater le sang qui s'écoulait à flot de son artère tranchée. Son visage se tourna comme celui d'un prédateur blessé lorsque Egmond esquissa un pas supplémentaire.
"Toi... Haha... Toi, tu valais la peine qu'on te laisse la vie, contrairement à lui..."
"Je ne comprends pas pourquoi." Répondit Egmond avec une voix qu'il ne reconnut pas.
"Nous sommes de vrais guerriers... lui, c'était une ordure..."
L'orc se mit à rire et s'assit contre le mur, renonçant à endiguer l'énergie vitale qui fuyait son corps. Un être humain serait mort depuis longtemps, et n'aurait pas pu parler... Mais il s'agissait d'un Orc, particulièrement robuste, qui plus est. Egmond lâcha son morceau de bois, et alla se laisser tomber, assis à côté de lui. Le sang épais de l'Orc coulait lentement de sa blessure, moins fluide que celui d'un humain. Néanmoins, la blessure était trop large pour qu'une simple étoffe puisse la soigner, et quand bien même, les fibres auraient tôt fait de se dissoudre et d'infecter la plaie.
Modifié en dernier par Egmond de Darrow le lun. 24 sept., 2012 12:51 pm, modifié 2 fois.
L'important, mon jeune ami, c'est que, dans la torture comme dans la vie, il faut toujours prendre son temps.
- Egmond de Darrow
- Retraité de l'Ost
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- Enregistré le : jeu. 11 juin, 2009 9:11 am
Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
"Où sommes-nous?"
"Dans une caverne, un caillou à côté duquel on a prit l'eau. Ton bateau allait à Théramore... Le... Le mien à Strangleronce. Nous nous sommes croisés... Nous ... nous sommes battus, et nos deux bateaux ont rejoint le fond des flots... Mais nous ne sommes pas loin des Royaumes de l'Est... pas loin.. pas.. Haha, c'était un beau combat... Dommage que personne ne puisse le chanter..."
"Je le ferai, si je me souvenais bien... Si déjà je survis, ce sera bien."
"Tu vas vivre, humain. Tu ... T'es plus coriace qu'un caillou sous une dent. Tu te bas pour quelque chose... tu le tiens encore dans ta main, tu as hurlé son nom quand tu m'as chargé à l'abordage.. ça t'maintenait.. ça t'maintenait en vie quand ma masse à heurté ton tibia, ton coude, ta gueule... Puis l'eau t'as fait taire, t'as rendu immobile...Ha.. haha."
"Je ne me souviens pas, mais vu ta carrure, j'ai effectivement du peiner, Orc."
L'orc sourit d'un air étrange, et l'étincelle ingénieuse qui brillait dans ses yeux s'effaça lentement. Ses traits seraient figés dans l'éternité sous la forme d'un léger sourire, comme l'importance de la vie qu'il aurait soudain relativisé. Egmond soupira et regarda le morceau de tissu qu'il tenait dans la main. Un tabard, pourpre, ceint en son centre d'une cloche. Lordaeron. L'Ost Pourpre. Les Réprouvés. Son neveu. Tout lui revint directement en mémoire comme une réincarnation. Il se leva, abandonnant Grak que la mort était venu chercher.
Egmond se débarrassa des quelques pièces d'armure qu'il possédait encore, dans un bruit de casserole. Sa vue s'accoutumant peu à peu à l'obscurité, il rassembla les morceaux de bois qu'il trouvait et les maintint liés en les attachant avec son tabard détrempé et délavé. La volonté l'enflamma, lui faisant oublier un instant les affreuses douleurs de son tibia et de son coude. Son nez et ses gencives continuaient de saigner, mais il n'en avait cure. Il devait rejoindre les siens. Inspirant profondément, il plongea dans l'eau noire, tenant fermement l'amas de bois qu'il avait ceint de son tabard. La nage n'était pas son fort, d'autant plus quand une de ses jambes lui faisait si mal. Il balaya néanmoins des pieds, plongeant dans les profondeurs et l'obscurité. Il entama instinctivement une remontée vers l'air, et eut la surprise de voir que l'antre de la caverne sous-marine était déjà dépassée. Il sentait presque le soleil sur son visage, et son éclat l'aveuglait déjà à lui en faire mal. Néanmoins, l'adrénaline et sa force l'abandonnaient de nouveau, et alors qu'il rejaillissait à l'air libre, il s'évanouit, cramponné à son tas de bois.
Quelques temps plus tard...
- Ecoute, Mélusine, j'en sais foutre rien, de qui c'est, j'suis pas l'genre de gars à laisser crever un autre type par les temps qui courent, c'est tout. Mais son tabard, lui, j'le connais, j'vois t'y bien où ça s'trouve et j'sens bien l'argent sonnant et trébuchant que j'pourrai choper en refourguant la carcasse de ce vioque.
- Mais, papa, il a besoin qu'on le soigne, non? Pauvre papi...
- C't'un soldat avant d'être un papi, ma p'tite. R'garde sa gueule, on dirait un vieux radis décrépis, mais y'a du nerf, là-dessous. Y va s'en sortir, et pis s'ils l'soignent pas là-bas, j'veux bien manger Morille not' jument.
- Ah, non ! Pas Morille !
- Haha, mais non, t'en fais pas, Mélu... C't'un ch'val, s'mange pas un ch'val. Ah, on arrive à la frontière...
- Il est joli ce pont, papa, pourquoi y'a pas de jolis ponts en pierre chez nous?
- Parce qu'on a pas assez poli les fesses de Varian not' bon roi, ma p'tite. N'empêche, j'étais venu en Strangleronce pour faire le plein de poisson frais moi, pas pour un vieux merlu. C'qu'on trouve sur les côtes de nos jours... J'espère que ça en vaudra le coup...
- 'Pa, 'pa, y'a un drôle de type à moustache qui court vers nous ! Il a pas l'air commode...
"Dans une caverne, un caillou à côté duquel on a prit l'eau. Ton bateau allait à Théramore... Le... Le mien à Strangleronce. Nous nous sommes croisés... Nous ... nous sommes battus, et nos deux bateaux ont rejoint le fond des flots... Mais nous ne sommes pas loin des Royaumes de l'Est... pas loin.. pas.. Haha, c'était un beau combat... Dommage que personne ne puisse le chanter..."
"Je le ferai, si je me souvenais bien... Si déjà je survis, ce sera bien."
"Tu vas vivre, humain. Tu ... T'es plus coriace qu'un caillou sous une dent. Tu te bas pour quelque chose... tu le tiens encore dans ta main, tu as hurlé son nom quand tu m'as chargé à l'abordage.. ça t'maintenait.. ça t'maintenait en vie quand ma masse à heurté ton tibia, ton coude, ta gueule... Puis l'eau t'as fait taire, t'as rendu immobile...Ha.. haha."
"Je ne me souviens pas, mais vu ta carrure, j'ai effectivement du peiner, Orc."
L'orc sourit d'un air étrange, et l'étincelle ingénieuse qui brillait dans ses yeux s'effaça lentement. Ses traits seraient figés dans l'éternité sous la forme d'un léger sourire, comme l'importance de la vie qu'il aurait soudain relativisé. Egmond soupira et regarda le morceau de tissu qu'il tenait dans la main. Un tabard, pourpre, ceint en son centre d'une cloche. Lordaeron. L'Ost Pourpre. Les Réprouvés. Son neveu. Tout lui revint directement en mémoire comme une réincarnation. Il se leva, abandonnant Grak que la mort était venu chercher.
Egmond se débarrassa des quelques pièces d'armure qu'il possédait encore, dans un bruit de casserole. Sa vue s'accoutumant peu à peu à l'obscurité, il rassembla les morceaux de bois qu'il trouvait et les maintint liés en les attachant avec son tabard détrempé et délavé. La volonté l'enflamma, lui faisant oublier un instant les affreuses douleurs de son tibia et de son coude. Son nez et ses gencives continuaient de saigner, mais il n'en avait cure. Il devait rejoindre les siens. Inspirant profondément, il plongea dans l'eau noire, tenant fermement l'amas de bois qu'il avait ceint de son tabard. La nage n'était pas son fort, d'autant plus quand une de ses jambes lui faisait si mal. Il balaya néanmoins des pieds, plongeant dans les profondeurs et l'obscurité. Il entama instinctivement une remontée vers l'air, et eut la surprise de voir que l'antre de la caverne sous-marine était déjà dépassée. Il sentait presque le soleil sur son visage, et son éclat l'aveuglait déjà à lui en faire mal. Néanmoins, l'adrénaline et sa force l'abandonnaient de nouveau, et alors qu'il rejaillissait à l'air libre, il s'évanouit, cramponné à son tas de bois.
Quelques temps plus tard...
- Ecoute, Mélusine, j'en sais foutre rien, de qui c'est, j'suis pas l'genre de gars à laisser crever un autre type par les temps qui courent, c'est tout. Mais son tabard, lui, j'le connais, j'vois t'y bien où ça s'trouve et j'sens bien l'argent sonnant et trébuchant que j'pourrai choper en refourguant la carcasse de ce vioque.
- Mais, papa, il a besoin qu'on le soigne, non? Pauvre papi...
- C't'un soldat avant d'être un papi, ma p'tite. R'garde sa gueule, on dirait un vieux radis décrépis, mais y'a du nerf, là-dessous. Y va s'en sortir, et pis s'ils l'soignent pas là-bas, j'veux bien manger Morille not' jument.
- Ah, non ! Pas Morille !
- Haha, mais non, t'en fais pas, Mélu... C't'un ch'val, s'mange pas un ch'val. Ah, on arrive à la frontière...
- Il est joli ce pont, papa, pourquoi y'a pas de jolis ponts en pierre chez nous?
- Parce qu'on a pas assez poli les fesses de Varian not' bon roi, ma p'tite. N'empêche, j'étais venu en Strangleronce pour faire le plein de poisson frais moi, pas pour un vieux merlu. C'qu'on trouve sur les côtes de nos jours... J'espère que ça en vaudra le coup...
- 'Pa, 'pa, y'a un drôle de type à moustache qui court vers nous ! Il a pas l'air commode...
Modifié en dernier par Egmond de Darrow le lun. 01 oct., 2012 6:17 pm, modifié 2 fois.
L'important, mon jeune ami, c'est que, dans la torture comme dans la vie, il faut toujours prendre son temps.
-
Adjoint Rainer
- Messages : 499
- Enregistré le : sam. 17 nov., 2007 6:59 pm
Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
Rainer avait vu venir la charrette de loin.
Scrutant l'horizon, il s'était demandé un moment si elle continuerait son chemin de la Marche de l'Ouest vers Comté-de-l'Or, ou si elle tenterait de gravir le sentier menant à la Garnison. Il arrivait en effet que, plusieurs fois par semaine, des marchands ambulants tentent de venir refourguer leur camelote en misant sur la prétendue richesse de l'ordre qui occupait le bâtiment. De loin, le profil des occupants du véhicule ne tranchait pas avec celui des habituels marchands itinérants : un père et sa fille, avec sur le visage les stigmates indélébiles d'une vie chiche et fruste.
Préférant s'épargner les problèmes d'une installation sauvage d'un stand de vente devant la Garnison, l'Adjoint décida de prendre les devants. Accompagné de deux sentinelles, il descendit à la rencontre de la charrette et en apostropha les occupants.
Hola ! Vous entrez dans un périmètre militaire ! Nous n'avons pas autorisé votre venue, veuillez arrêter votre véhicule.
Rainer approcha alors de la carriole pour s'assurer de son contenu.
Et, pour la première fois depuis des temps immémoriaux, le vétéran resta sans voix.
Les yeux éberlués, il se retourna vers l'un des gardes qui l'accompagnaient, montrant l'intérieur de la charrette comme s'il était incapable d'en décrire le contenu autrement qu'en le désignant. Puis, après être enfin parvenu à avaler sa salive, il lâcha d'une voix croassante : Prévenez d'urgence le médecin de la Garnison. Et un officier. Que quelqu'un vienne d'urgence.
Scrutant l'horizon, il s'était demandé un moment si elle continuerait son chemin de la Marche de l'Ouest vers Comté-de-l'Or, ou si elle tenterait de gravir le sentier menant à la Garnison. Il arrivait en effet que, plusieurs fois par semaine, des marchands ambulants tentent de venir refourguer leur camelote en misant sur la prétendue richesse de l'ordre qui occupait le bâtiment. De loin, le profil des occupants du véhicule ne tranchait pas avec celui des habituels marchands itinérants : un père et sa fille, avec sur le visage les stigmates indélébiles d'une vie chiche et fruste.
Préférant s'épargner les problèmes d'une installation sauvage d'un stand de vente devant la Garnison, l'Adjoint décida de prendre les devants. Accompagné de deux sentinelles, il descendit à la rencontre de la charrette et en apostropha les occupants.
Hola ! Vous entrez dans un périmètre militaire ! Nous n'avons pas autorisé votre venue, veuillez arrêter votre véhicule.
Rainer approcha alors de la carriole pour s'assurer de son contenu.
Et, pour la première fois depuis des temps immémoriaux, le vétéran resta sans voix.
Les yeux éberlués, il se retourna vers l'un des gardes qui l'accompagnaient, montrant l'intérieur de la charrette comme s'il était incapable d'en décrire le contenu autrement qu'en le désignant. Puis, après être enfin parvenu à avaler sa salive, il lâcha d'une voix croassante : Prévenez d'urgence le médecin de la Garnison. Et un officier. Que quelqu'un vienne d'urgence.
Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
Leontine qui était évidemment la deuxième sentinelle présente sur les lieux, regarda avec un intérêt mitigé le papy à moitié crevé étendu la.
Elle était bien plus surprise d' apercevoir la crainte, voir la compassion, dans l’ oeil de son Adjoint. Evénement rare il fallait bien le reconnaître de la part du vieux garde.
Peut être y avait t'il un lien secret entre les deux hommes? Était-ce aussi les restes d'une moustache sous la croûte ensanglanté qui défigurerait probablement à vie le visage du vieux humain?
Une sorte de club "moustache" peut être? pensa t'elle encore.
La Gnomette, guère au fait des techniques médicales humaines, s'approcha du cadavre et entreprit à l'aide d'une petite branche de lui piquer la jambe afin de s'assurer que l'homme soit toujours de ce monde.
Elle était bien plus surprise d' apercevoir la crainte, voir la compassion, dans l’ oeil de son Adjoint. Evénement rare il fallait bien le reconnaître de la part du vieux garde.
Peut être y avait t'il un lien secret entre les deux hommes? Était-ce aussi les restes d'une moustache sous la croûte ensanglanté qui défigurerait probablement à vie le visage du vieux humain?
Une sorte de club "moustache" peut être? pensa t'elle encore.
La Gnomette, guère au fait des techniques médicales humaines, s'approcha du cadavre et entreprit à l'aide d'une petite branche de lui piquer la jambe afin de s'assurer que l'homme soit toujours de ce monde.
Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
Kaïsa sortait de l'infirmerie quand elle entendit Rainer haranguer quelque personne circulant trop près du périmètre du Bastion. Par simple curiosité, elle se dirigea vers l'entrée du bâtiment. Bien lui en pris car elle tomba rapidement sur le garde qui lui précisa l'urgence de ses services. Elle laissa repartir le subordonné en quête d'un officier et se précipita vers la charrette en écartant Rainer qui bafouillait dans sa moustache.
"Il me faut des bras pour le transporter jusqu'à l'infirmerie ! Il a beau être âgé, il fait son poids, ce... Heu... vieux." déclama Kaïsa sans réfléchir à ses propos, ne connaissant l'homme ni d'Adam ni d'Eve, en s'occupant d'ouvrir ses habit pour l'ausculter en urgence.
"Il me faut des bras pour le transporter jusqu'à l'infirmerie ! Il a beau être âgé, il fait son poids, ce... Heu... vieux." déclama Kaïsa sans réfléchir à ses propos, ne connaissant l'homme ni d'Adam ni d'Eve, en s'occupant d'ouvrir ses habit pour l'ausculter en urgence.
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Adjoint Rainer
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Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
Rainer ne l'avouerait jamais, mais il était soulagé de voir apparaître la draeneï. Certes, c'était une créature d'outre Néant-distordu venue voler le pain et les emplois des humains, mais il fallait admettre qu'elle était d'une grande compétence. Et, en l'état présent des choses, c'était tout ce qui comptait.
Ce n'est pas un vieux ! s'insurgea Rainer. C'est l'ancien lieutenant Egmond de Darrow, l'un des principaux membres de l'Ost Pourpre au cours des précédentes années. Un minimum de respect ne lui ferait pas de mal, à défaut de le remettre sur pied, ajouta-t-il à destination de Leontine. Hé vous là, la gnome, occupez-vous de savoir où ces gens l'ont trouvé et comment il a pu être mis dans cet état.
S'adjoignant ses deux comparses de la garde, Rainer entreprit de sortir Egmond de la charrette et de le transporter sur ses larges épaules, suivant Kaïsa qui ouvrait le chemin.
Il a l'air mal en point, souffla-t-il sous l'effort. J'espère que vous allez le remettre sur pied, doc'.
Ce n'est pas un vieux ! s'insurgea Rainer. C'est l'ancien lieutenant Egmond de Darrow, l'un des principaux membres de l'Ost Pourpre au cours des précédentes années. Un minimum de respect ne lui ferait pas de mal, à défaut de le remettre sur pied, ajouta-t-il à destination de Leontine. Hé vous là, la gnome, occupez-vous de savoir où ces gens l'ont trouvé et comment il a pu être mis dans cet état.
S'adjoignant ses deux comparses de la garde, Rainer entreprit de sortir Egmond de la charrette et de le transporter sur ses larges épaules, suivant Kaïsa qui ouvrait le chemin.
Il a l'air mal en point, souffla-t-il sous l'effort. J'espère que vous allez le remettre sur pied, doc'.
Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
Ma suzeraine, elle rigolait point.
Sans déc' , fallait pas s'fier à ses airs d'tendrons et ses sourires sympatoches, y'avait d'la poigne dans c'bout d'femme, ouais ! Et c'est pas seulement parcequ'elle avait les couilles d's'trimballer avec son serpent lové autour d'sa gorge, hein! Quoi qu'entre nous, ça tapait sévère sa classe un serpent apprivoisé !
Faudrait qu'j'ui d'mande un d'ces quatre comment qu'on en a un !
Tout ça pour dire qu'ma nouvelle suzeraine v'nait d'passer Médecin chef et qu'désormais, ça s'marrait pu à l'infirmerie. Elle s'était mise en tête d'm'apprendre un poil d'métier vu ma p'tite formation maigrichotte en herboristerie. Enfin aussi excitant qu'ça puisse paraitre, pour l'moment, j'passais plus mon temps à trier, stériliser et ranger les outils et à nettoyer les sols.
Et c'est c'qu'j'branlais quand l'doc débarqua avec Rainer et un macchabée.
- WOW ! D'l'action !
J'lachai mon balai serpillère sur l'pavé pour me précipiter vers eux.
- Il est pas ben frais vo't gadjo ! C'est pour un sauvetage ou une dissection ?
Sans déc' , fallait pas s'fier à ses airs d'tendrons et ses sourires sympatoches, y'avait d'la poigne dans c'bout d'femme, ouais ! Et c'est pas seulement parcequ'elle avait les couilles d's'trimballer avec son serpent lové autour d'sa gorge, hein! Quoi qu'entre nous, ça tapait sévère sa classe un serpent apprivoisé !
Faudrait qu'j'ui d'mande un d'ces quatre comment qu'on en a un !
Tout ça pour dire qu'ma nouvelle suzeraine v'nait d'passer Médecin chef et qu'désormais, ça s'marrait pu à l'infirmerie. Elle s'était mise en tête d'm'apprendre un poil d'métier vu ma p'tite formation maigrichotte en herboristerie. Enfin aussi excitant qu'ça puisse paraitre, pour l'moment, j'passais plus mon temps à trier, stériliser et ranger les outils et à nettoyer les sols.
Et c'est c'qu'j'branlais quand l'doc débarqua avec Rainer et un macchabée.
- WOW ! D'l'action !
J'lachai mon balai serpillère sur l'pavé pour me précipiter vers eux.
- Il est pas ben frais vo't gadjo ! C'est pour un sauvetage ou une dissection ?
Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
"'et remettre vos propres lombaires en place, Adjoint, parce que vous avez beau faire, et d'ailleurs je n'ai pas besoin de vos conseils en bobologie à propos de ce ... cette personne, et *piapiapia*"
Kaïsa n'avait cessé de se prendre le chou avec Rainer depuis le moment ou ils avaient quitté la charrette, celui-ci la harcelant de bon conseils de soins et de divers propos obséquieux à propos du grade envers l'ex-lieutenant qu'elle alla lui faire déposer sur le lit le plus proche en écartant Sizreïs.
"WOW ! D'l'action !"
"Tu l'as dit petite, on ne va pas rigoler, d'ailleurs, pas besoin de spectateur" dit-elle en fusillant Rainer du regard, l'incitant à faire place nette. Elle failli d'ailleurs lui lancer son serpent blanc à la tête pour pouvoir travailler, et se ravisa juste à temps en mettant l'animal dans un panier avant d'enfiler masque et gants.
"Il est pas ben frais vo't gadjo ! C'est pour un sauvetage ou une dissection ?"
"On va tenter le sauvetage Sizreïs, je pense que le monsieur nous en sera reconnaissant. D'ailleurs, va préparer mes instruments de première urgence, du désinfectant, des linges propres et fait bouillir de l'eau aussi ! Ah, les potions anésthésiantes de Lyranys, celles en haut à droite là-bas ! Et le baume dans le pot ! Et où sont les autorités qu'on à mandées ?"
Les ordres claquaient dans tous les sens et Kaïsa ne tarderai pas à demander au pauvre adjoint son utilité au milieu de l'infirmerie.
Kaïsa n'avait cessé de se prendre le chou avec Rainer depuis le moment ou ils avaient quitté la charrette, celui-ci la harcelant de bon conseils de soins et de divers propos obséquieux à propos du grade envers l'ex-lieutenant qu'elle alla lui faire déposer sur le lit le plus proche en écartant Sizreïs.
"WOW ! D'l'action !"
"Tu l'as dit petite, on ne va pas rigoler, d'ailleurs, pas besoin de spectateur" dit-elle en fusillant Rainer du regard, l'incitant à faire place nette. Elle failli d'ailleurs lui lancer son serpent blanc à la tête pour pouvoir travailler, et se ravisa juste à temps en mettant l'animal dans un panier avant d'enfiler masque et gants.
"Il est pas ben frais vo't gadjo ! C'est pour un sauvetage ou une dissection ?"
"On va tenter le sauvetage Sizreïs, je pense que le monsieur nous en sera reconnaissant. D'ailleurs, va préparer mes instruments de première urgence, du désinfectant, des linges propres et fait bouillir de l'eau aussi ! Ah, les potions anésthésiantes de Lyranys, celles en haut à droite là-bas ! Et le baume dans le pot ! Et où sont les autorités qu'on à mandées ?"
Les ordres claquaient dans tous les sens et Kaïsa ne tarderai pas à demander au pauvre adjoint son utilité au milieu de l'infirmerie.
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Adjoint Rainer
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Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
Rainer était offusqué. Comment une créature à sabots fendus et cornes absurdes pouvait-elle se permettre de s'adresser à lui de la sorte ? Etait-ce dans le patrimoine culturel de ces créatures de bousculer ainsi la hiérarchie en considérant ceux qui leur sont supérieurs avec tant de désinvolture ? L'Archiviste était du même bois, et Rainer ne pouvait qu'être choqué de voir qu'on donnait des responsabilités à de telles créatures.
Ceci étant, la vie d'Egmond dépendait de son art, et Rainer était avant tout doté d'un solide sens commun.
Un peu de tenue ! rugit-il à l'intention de tous les parasites qui s'étaient agglutinés à leur suite. Sortez de l'infirmerie, laissez de l'espace au doc' et à son apprentie. Je vais prévenir les officiers.
Ceci étant, la vie d'Egmond dépendait de son art, et Rainer était avant tout doté d'un solide sens commun.
Un peu de tenue ! rugit-il à l'intention de tous les parasites qui s'étaient agglutinés à leur suite. Sortez de l'infirmerie, laissez de l'espace au doc' et à son apprentie. Je vais prévenir les officiers.
- Egmond de Darrow
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Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
[HRP: à titre d'informations, voici l'état relatif d'Egmond au sortir de la charrette : tibia fracturé, coude fissuré, lésions à la gencive, nez fracturé, trois dents cassées, une côte fêlée. Déshydratation.]
La nuit était composée d'une encre presque palpable. Le brouillard, omniprésent, empêchait la vue de s'étendre à plus de quelques dizaines de pouces. Complètement désorienté, il marchait, titubait dans des ténèbres qu'il ne connaissait que trop bien, des nuages de charbon, de fumée irritante qui tirait des larmes de ses yeux. Le silence était total, il n'entendait même pas le son de ses pas sur ce qui semblait être des ossements poussiéreux, tant l'opacité de cette brume noirâtre étouffait tout bruit. Il tendit l'oreille, dans l'espoir naïf qu'un indice lui donnerait une direction à suivre, comme cela avait été le cas durant toute sa longue vie. Le destin, encore une fois, sembla se montrer salvateur, et Egmond perçut un tic-tac grossier, presque irrégulier, caractéristique d'une horloge de mauvaise facture. Qu'importe la direction qu'il prenait de ses pas maladroits, le tic-tac se faisait toujours plus pressant, plus rapide, plus dissonant entre ses deux intonations, comme une montre devenue folle, accusant son propriétaire de ne pas revenir à l'heure.
Puis il sursauta, tombant nez à nez avec une silhouette fine enveloppée de cendres, de suie et de ténèbres, alors que l'anarchique son des aiguilles s'interrompait d'un seul coup. Une silhouette aux fins cheveux volant au hasard sous ce vent muet. Une silhouette qu'il aurait reconnu entre des milliers. Sydille. Sa femme, morte de la plus horrible des manières, par un artifice gobelin, et par une ruse retorse, monstre hybride né de l'imagination d'un Troll et d'un réprouvé. Son visage et son corps étaient voilés par les vents de suie. Il tendit la main vers elle, et dans un sursaut de bonheur, réussit à toucher, physiquement, l'épaule de son aimée. Il lui sembla l'espace infime d'une seconde qu'il allait retrouver une part entière de son existence, la principale joie qu'il avait connu dans sa vie avec la naissance de sa fille, mais l'épaule qu'il touchait aussitôt se disloqua, s'effrita et alla rejoindre le sol, suivit, dans une chute grotesque et désarticulée, du reste d'un corps qui se changea en cendres et s'envola rejoindre ces vents du silence.
Egmond resta coi, et se sentit soulevé par les vents qui faisaient rage. Il ne savait même plus ce qu'il ressentait. Le goût du sel persistait dans sa bouche, et il ne pouvait pas parler, comme si sa bouche ne répondait plus aux injonctions de son esprit fatigué. Il décida de marcher, un pas après l'autre, ne sachant même pas s'il allait tout droit ou s'il déviait, s'il tournait en rond, ou s'il faisait sans arrêt demi-tour.
Il n'y avait plus ni sol, ni plafond, ni gauche, ni droite, ni devant, ni derrière. Uniquement le son ressuscité mais désynchronisé de ses pas, dans le tumulte désormais tonitruant d'une tornade de cendres et de suie. Il prêtait l'oreille à ces bourrasques incessantes, seules voix de ce monde étrange dans lequel il avait atterrit. Le vent n'était pas unique. Egmond parvenait à en distinguer toutes les nuances, toutes les versatilités, jusqu'à ce que leur cacophonie soit tellement dissociée dans l'esprit du guerrier qu'il finit par comprendre cette tornade qui l'entourait comme ce qu'elle était réellement : un orchestre de voix, sans construction, sans but, si ce n'est que de psalmodier, murmurer, chuchoter, crier ou sermonner. Des hurlements de colère aux souffles de l'amoureuse, des ricanement mesquins aux prières solennelles.
"... alors nous marcherons de Moulin de L'Ambre à Fossoyeuse, et nous mettrons à sac son quartier de la guerre pour...Viteri... Usurpatrice doit être déchue de son trône v... Justice sera faite, Egmond, par l'Ost ou par nous s'il le faut..."
Egmond comprit que le lieu dans lequel il se trouvait n'était ni plus ni moins que les ruines de ses souvenirs, de sa vie. Qu'il marcherait à n'en plus finir pour rejoindre tel ou tel avatar de son passé révolu, avec les mêmes désillusions, hanté par ce torrent vocal qu'il ne saisissait qu'au prix d'un effort dépassant ses capacités ordinaires. Tout d'un coup, il se sentit retomber sur un sol et vit l'espace d'une seconde un éclat de lumière aveuglant, ouvrant sur un plafond de pierre nue. L'instant d'après, il se retrouvait dans le noir. Le noir complet. Le vent avait cessé, avec son cortège funeste de voix désincarnées. La cendre s'était dissipée sur le rideau noir des profondeurs marines. Le goût de sel dans sa bouche se fit plus prononcé encore, mais il parvint à articuler quelques mots, comme s'il redécouvrait sa langue : "où suis-je, maintenant?"
La nuit était composée d'une encre presque palpable. Le brouillard, omniprésent, empêchait la vue de s'étendre à plus de quelques dizaines de pouces. Complètement désorienté, il marchait, titubait dans des ténèbres qu'il ne connaissait que trop bien, des nuages de charbon, de fumée irritante qui tirait des larmes de ses yeux. Le silence était total, il n'entendait même pas le son de ses pas sur ce qui semblait être des ossements poussiéreux, tant l'opacité de cette brume noirâtre étouffait tout bruit. Il tendit l'oreille, dans l'espoir naïf qu'un indice lui donnerait une direction à suivre, comme cela avait été le cas durant toute sa longue vie. Le destin, encore une fois, sembla se montrer salvateur, et Egmond perçut un tic-tac grossier, presque irrégulier, caractéristique d'une horloge de mauvaise facture. Qu'importe la direction qu'il prenait de ses pas maladroits, le tic-tac se faisait toujours plus pressant, plus rapide, plus dissonant entre ses deux intonations, comme une montre devenue folle, accusant son propriétaire de ne pas revenir à l'heure.
Puis il sursauta, tombant nez à nez avec une silhouette fine enveloppée de cendres, de suie et de ténèbres, alors que l'anarchique son des aiguilles s'interrompait d'un seul coup. Une silhouette aux fins cheveux volant au hasard sous ce vent muet. Une silhouette qu'il aurait reconnu entre des milliers. Sydille. Sa femme, morte de la plus horrible des manières, par un artifice gobelin, et par une ruse retorse, monstre hybride né de l'imagination d'un Troll et d'un réprouvé. Son visage et son corps étaient voilés par les vents de suie. Il tendit la main vers elle, et dans un sursaut de bonheur, réussit à toucher, physiquement, l'épaule de son aimée. Il lui sembla l'espace infime d'une seconde qu'il allait retrouver une part entière de son existence, la principale joie qu'il avait connu dans sa vie avec la naissance de sa fille, mais l'épaule qu'il touchait aussitôt se disloqua, s'effrita et alla rejoindre le sol, suivit, dans une chute grotesque et désarticulée, du reste d'un corps qui se changea en cendres et s'envola rejoindre ces vents du silence.
Egmond resta coi, et se sentit soulevé par les vents qui faisaient rage. Il ne savait même plus ce qu'il ressentait. Le goût du sel persistait dans sa bouche, et il ne pouvait pas parler, comme si sa bouche ne répondait plus aux injonctions de son esprit fatigué. Il décida de marcher, un pas après l'autre, ne sachant même pas s'il allait tout droit ou s'il déviait, s'il tournait en rond, ou s'il faisait sans arrêt demi-tour.
Il n'y avait plus ni sol, ni plafond, ni gauche, ni droite, ni devant, ni derrière. Uniquement le son ressuscité mais désynchronisé de ses pas, dans le tumulte désormais tonitruant d'une tornade de cendres et de suie. Il prêtait l'oreille à ces bourrasques incessantes, seules voix de ce monde étrange dans lequel il avait atterrit. Le vent n'était pas unique. Egmond parvenait à en distinguer toutes les nuances, toutes les versatilités, jusqu'à ce que leur cacophonie soit tellement dissociée dans l'esprit du guerrier qu'il finit par comprendre cette tornade qui l'entourait comme ce qu'elle était réellement : un orchestre de voix, sans construction, sans but, si ce n'est que de psalmodier, murmurer, chuchoter, crier ou sermonner. Des hurlements de colère aux souffles de l'amoureuse, des ricanement mesquins aux prières solennelles.
"... alors nous marcherons de Moulin de L'Ambre à Fossoyeuse, et nous mettrons à sac son quartier de la guerre pour...Viteri... Usurpatrice doit être déchue de son trône v... Justice sera faite, Egmond, par l'Ost ou par nous s'il le faut..."
Egmond comprit que le lieu dans lequel il se trouvait n'était ni plus ni moins que les ruines de ses souvenirs, de sa vie. Qu'il marcherait à n'en plus finir pour rejoindre tel ou tel avatar de son passé révolu, avec les mêmes désillusions, hanté par ce torrent vocal qu'il ne saisissait qu'au prix d'un effort dépassant ses capacités ordinaires. Tout d'un coup, il se sentit retomber sur un sol et vit l'espace d'une seconde un éclat de lumière aveuglant, ouvrant sur un plafond de pierre nue. L'instant d'après, il se retrouvait dans le noir. Le noir complet. Le vent avait cessé, avec son cortège funeste de voix désincarnées. La cendre s'était dissipée sur le rideau noir des profondeurs marines. Le goût de sel dans sa bouche se fit plus prononcé encore, mais il parvint à articuler quelques mots, comme s'il redécouvrait sa langue : "où suis-je, maintenant?"
L'important, mon jeune ami, c'est que, dans la torture comme dans la vie, il faut toujours prendre son temps.
Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
Je demande à le voir, et le plus tôt sera le mieux ! Dès qu'il aura repris connaissance, et ne me sortez pas votre charabia médical, je ne m'y laisserai pas prendre : ça ne me prendra que quelques minutes.
Aurys faisait le pied de grue devant la chambre d'Egmond. Jusqu'à présent, Kaïsa était parvenue à repousser son insistance. Les soins étaient en cours, disait-elle. La Connétable la comprenait, mais l'évènement était de taille, et elle ne pouvait se contenter de patienter dans son bureau.
Je ne partirai pas d'ici tant que je ne l'aurais pas vu. Je dois savoir ce qui lui est arrivé. Prévenez-moi dès qu'il reprend conscience.
Aurys faisait le pied de grue devant la chambre d'Egmond. Jusqu'à présent, Kaïsa était parvenue à repousser son insistance. Les soins étaient en cours, disait-elle. La Connétable la comprenait, mais l'évènement était de taille, et elle ne pouvait se contenter de patienter dans son bureau.
Je ne partirai pas d'ici tant que je ne l'aurais pas vu. Je dois savoir ce qui lui est arrivé. Prévenez-moi dès qu'il reprend conscience.
Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
- Z'inquiétez pas , chef, On assure ! qu'j'lançais à no't Connétable.
J'courrais partout sous les directives du doc. L'vieux crouton ensuqué avait pas mal souffert sa rondelle : c'était tout cassé là d'dans et ma suzeraine en chiait des billes pour rafistoller. C'est qu'même bien conservé c'gadjo là avait des os abimés comme tous les grabataires !
J'étais en train d'ranger l'plan d'travail pour laisser la place à ma boss d'travailler sur l'tibias du bonhomme quand j'l'entendis baragouiner un truc. Il était gravement desséché l'pauv vieux.
- P'tain Y cause !!! Doc, J'fais quoi ?
J'attrapai machinalement la carafe d'eau fraiche pour en verser un peu dans un godet et lui soulever la tête pour l'faire boire.
- Surtout panique pas , mec ! T'es ent' bonnes mains !
J'courrais partout sous les directives du doc. L'vieux crouton ensuqué avait pas mal souffert sa rondelle : c'était tout cassé là d'dans et ma suzeraine en chiait des billes pour rafistoller. C'est qu'même bien conservé c'gadjo là avait des os abimés comme tous les grabataires !
J'étais en train d'ranger l'plan d'travail pour laisser la place à ma boss d'travailler sur l'tibias du bonhomme quand j'l'entendis baragouiner un truc. Il était gravement desséché l'pauv vieux.
- P'tain Y cause !!! Doc, J'fais quoi ?
J'attrapai machinalement la carafe d'eau fraiche pour en verser un peu dans un godet et lui soulever la tête pour l'faire boire.
- Surtout panique pas , mec ! T'es ent' bonnes mains !
Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
Le flux et l'agitation des gradés perturbait l'organisation de Kaïsa, mais elle s'efforçait de contenir l’impatience de tous, notamment grâce à l'aide de Sizreïs. Le diagnostic du blessé était plus qu'étrange. il était farci de contusions plus ou moins graves, mais d'une constitution très résistante et la Draeneï n'engageait pas son pronostic vital. Elle trouva une latence de tranquillité pour se concentrer et lancer sur l'inconnu son sort du Don des Naaru. L'apaisement qu'apportait cette incantation ne serait pas de trop pour commencer à réduire la fracture que l'homme avait au tibia.
Sizreïs l'interpella quand elle commença à manipuler les os à remettre d'équerre.
- P'tain Y cause !!! Doc, J'fais quoi ?
Kaïsa se retourna vers la jeune femme qui soutenait l'inconnu pour lui donner à boire
"Tourne-le un peu sur le côté, pour ne pas l'étrangler s'il veut boire... Peut-être qu'il parle en délirant, mais peut être qu'il reprend conscience aussi. Attend, fait-moi voir"... Kaïsa s'approcha du visage de l'homme et tamponna d'un morceau de coton la plaie dans sa bouche.
"Il à pris une sacrée mandale dans la figure, mais je crois qu'il commence à refaire surface. Sizreïs, je pense que tu peux faire entrer la Connétable. D'ailleurs, s'ils se connaissent, ça peut aider notre inconnu à revenir vers nous dans le calme."
Sizreïs l'interpella quand elle commença à manipuler les os à remettre d'équerre.
- P'tain Y cause !!! Doc, J'fais quoi ?
Kaïsa se retourna vers la jeune femme qui soutenait l'inconnu pour lui donner à boire
"Tourne-le un peu sur le côté, pour ne pas l'étrangler s'il veut boire... Peut-être qu'il parle en délirant, mais peut être qu'il reprend conscience aussi. Attend, fait-moi voir"... Kaïsa s'approcha du visage de l'homme et tamponna d'un morceau de coton la plaie dans sa bouche.
"Il à pris une sacrée mandale dans la figure, mais je crois qu'il commence à refaire surface. Sizreïs, je pense que tu peux faire entrer la Connétable. D'ailleurs, s'ils se connaissent, ça peut aider notre inconnu à revenir vers nous dans le calme."
Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
Prévenue par la jeune worgen, Aurys pénétra enfin dans l'infirmerie, et assista ainsi aux soins que Kaïsa prodiguait au blessé. Celui-ci était entre de bonnes mains : s'il n'était pas en trop mauvais état, il avait toutes les chances de s'en sortir.
Comment va-t-il ? fit-elle en approchant doucement. Des souvenirs émergèrent furieusement quand le visage d'Egmond lui apparut. Elle dût lutter contre cet afflux soudain et se pencha sur son vieux camarade.
Egmond ? Vous m'entendez ?
Comment va-t-il ? fit-elle en approchant doucement. Des souvenirs émergèrent furieusement quand le visage d'Egmond lui apparut. Elle dût lutter contre cet afflux soudain et se pencha sur son vieux camarade.
Egmond ? Vous m'entendez ?
- Egmond de Darrow
- Retraité de l'Ost
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Re: [Candidature] Le retour d'un vieux radis...
http://www.youtube.com/watch?v=E5h2nEba3-A
Le vent avait cessé. Les voix s'étaient estompées. Il ne restait que le bruit sourd du silence. Egmond avait l'impression que son corps lévitait dans le noir. Il prenait des aspirations d'un air qui, peu à peu, semblait retrouver une réalité. Les ruines de ses souvenirs s'éloignaient, une à une, gravas par gravas. Et la douleur surgit. Elle avait toujours été là, mais se rappela à lui comme un violent tonnerre. Sa mâchoire. Son bras. Sa jambe. Et surtout ses poumons. Engorgés, brûlés au sel.
Il se sentit bouger contre son gré. Le monde dans lequel il évoluait tourna sur lui-même plus vite qu'il ne pouvait se l'imager, et alors qu'il était sur le point de lâcher l'emprise sur ce qui lui restait de conscience et de volonté, une cascade de fraîcheur s'écoula en lui. Il sentit chaque organe revitalisé par un réflexe de déglutition salvateur, qu'il ne contrôlait même plus, déclenché par son corps se sauvant lui-même sans l'once d'une intervention de son esprit. Il buvait, pour la première fois depuis des temps dont il n'avait plus souvenir. Il vit la lumière, aveuglante, terriblement agressive, filtrant entre ses paupières sèches comme une assaillante par la brèche d'une muraille.
"Il à pris une sacrée mandale dans la figure, mais je crois qu'il commence à refaire surface. Sizreïs, je pense que tu peux faire entrer la Connétable. D'ailleurs, s'ils se connaissent, ça peut aider notre inconnu à revenir vers nous dans le calme."
Ces mots furent prononcés sans qu'Egmond ne puisse y comprendre quoi que ce soit, néanmoins, il saisit une chose qui lui fut essentielle : il n'était pas mort. Quelqu'un était là.
"Egmond ? Vous m'entendez ?"
Cette voix. Des frontières de la mort, il l'aurait reconnu. La quinte de toux qui suivit aurait réveillé un mort, et c'est finalement presque ce qu'elle fit. La brûlure quitta ses poumons, non sans un dernier pic de violence, juste après que la fraîcheur ait atteint le reste de son corps. Il toussa, toussa encore, chaque quinte rythmée par des éclairs de douleur émanant de ses gencives, et ses yeux s'ouvrirent d'un coup sur le monde qui l'entourait. Il était dans une pièce finalement assez peu éclairée, les contours de toutes choses étaient flous. Il distingua trois personnes au moins. Une Draeneï et deux Humaines. Les deux premières étaient totalement inconnues, mais pas la dernière. Son port altier, imposant le respect immédiat, nuançait étrangement avec un regard qu'il devinait inquiet malgré ses troubles de visions qui, peu à peu, semblaient s'atténuer.
Il se redressa, assis, luttant contre la douleur, et parvint à se tenir sur son bras valide. Il fallut à Egmond une nouvelle, une ultime dose de volonté pour parvenir à prononcer correctement ce qu'il allait dire:
- Connétable? Depuis quand? Depuis quand suis-je endormi?
Cela semblait remonter à trois fois sa vie.
Le vent avait cessé. Les voix s'étaient estompées. Il ne restait que le bruit sourd du silence. Egmond avait l'impression que son corps lévitait dans le noir. Il prenait des aspirations d'un air qui, peu à peu, semblait retrouver une réalité. Les ruines de ses souvenirs s'éloignaient, une à une, gravas par gravas. Et la douleur surgit. Elle avait toujours été là, mais se rappela à lui comme un violent tonnerre. Sa mâchoire. Son bras. Sa jambe. Et surtout ses poumons. Engorgés, brûlés au sel.
Il se sentit bouger contre son gré. Le monde dans lequel il évoluait tourna sur lui-même plus vite qu'il ne pouvait se l'imager, et alors qu'il était sur le point de lâcher l'emprise sur ce qui lui restait de conscience et de volonté, une cascade de fraîcheur s'écoula en lui. Il sentit chaque organe revitalisé par un réflexe de déglutition salvateur, qu'il ne contrôlait même plus, déclenché par son corps se sauvant lui-même sans l'once d'une intervention de son esprit. Il buvait, pour la première fois depuis des temps dont il n'avait plus souvenir. Il vit la lumière, aveuglante, terriblement agressive, filtrant entre ses paupières sèches comme une assaillante par la brèche d'une muraille.
"Il à pris une sacrée mandale dans la figure, mais je crois qu'il commence à refaire surface. Sizreïs, je pense que tu peux faire entrer la Connétable. D'ailleurs, s'ils se connaissent, ça peut aider notre inconnu à revenir vers nous dans le calme."
Ces mots furent prononcés sans qu'Egmond ne puisse y comprendre quoi que ce soit, néanmoins, il saisit une chose qui lui fut essentielle : il n'était pas mort. Quelqu'un était là.
"Egmond ? Vous m'entendez ?"
Cette voix. Des frontières de la mort, il l'aurait reconnu. La quinte de toux qui suivit aurait réveillé un mort, et c'est finalement presque ce qu'elle fit. La brûlure quitta ses poumons, non sans un dernier pic de violence, juste après que la fraîcheur ait atteint le reste de son corps. Il toussa, toussa encore, chaque quinte rythmée par des éclairs de douleur émanant de ses gencives, et ses yeux s'ouvrirent d'un coup sur le monde qui l'entourait. Il était dans une pièce finalement assez peu éclairée, les contours de toutes choses étaient flous. Il distingua trois personnes au moins. Une Draeneï et deux Humaines. Les deux premières étaient totalement inconnues, mais pas la dernière. Son port altier, imposant le respect immédiat, nuançait étrangement avec un regard qu'il devinait inquiet malgré ses troubles de visions qui, peu à peu, semblaient s'atténuer.
Il se redressa, assis, luttant contre la douleur, et parvint à se tenir sur son bras valide. Il fallut à Egmond une nouvelle, une ultime dose de volonté pour parvenir à prononcer correctement ce qu'il allait dire:
- Connétable? Depuis quand? Depuis quand suis-je endormi?
Cela semblait remonter à trois fois sa vie.
L'important, mon jeune ami, c'est que, dans la torture comme dans la vie, il faut toujours prendre son temps.
