[Candidature acceptée] Lyranys

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Lyranys
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[Candidature acceptée] Lyranys

Message par Lyranys »

Deux ans !
Deux ans déjà …
Je passais alors presque par hasard et je m'étais dis « Peut-être  ...», voyons qui sont ces gens.
Et me voici à nouveau. Le temps est assez semblable, la pluie m'est toujours agréable.
Mais tout, ou presque, est différent : je ne passe pas par hasard, je sais l'importance de leur ordre, et je suis sûre aujourd'hui que servir dans le petit fort qui se dessine au bout du chemin serait l'une de mes plus belles victoires.

Je marchais donc d'un pas calme et décidé sur le bord du sentier devenus quelque peu boueux.
Ce n'est qu'à quelques mètres des marches menant à la porte du bastion que je m’aperçus que sous la toile détrempée qui, autrefois, avait dû être étanche, un petit îlot de vie semblait tenter de subsister malgré les éléments qui lui semblaient hostiles.

Les fêtes ont toujours du bon ! Même Naine d'origine, même plus ou moins fourvoyée par les Gobelins ! L'une des bonnes choses du Voile d'Hiver c'est cette volonté de rapprocher les individus et de faire des cadeaux. J'allais pouvoir honorer ces traditions et cela me fit frissonner les oreilles de plaisir !

Emmitouflé dans sa cape qui lui descendait sur les yeux, le factionnaire semblait ne pas m'avoir remarquée, aussi est-ce d'une voix douce que j'attirais son attention en lui présentant un verre fumant.

- « Yshnou alaha Messire. L'hiver semble ne pas vous épargner, mais tenez, voici un peu de cidre chaud : Le remède du Voile d'Hivers contre la dureté du climat !»
La rêveuse va se réveiller.

Adjoint Rainer
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Message par Adjoint Rainer »

Rainer était transi.

Pourtant, le froid, il le connaissait. C'était un vieil ami, qui l'avait accompagné longtemps, dans de nombreuses tranchées, sur tant de champs de bataille, dans d'innombrables conflits. Le froid était un partenaire inévitable, dont il convenait de s'accommoder au mieux, sous peine d'être emporté par lui.

Le fait est que, cet hiver, le froid était d'un tempérament exécrable.

Sans être particulièrement virulent, il avait la particularité d'être insidieux, vil et mesquin, frappant toujours là où on ne l'attendait pas, et de la pire des manières. Là où Rainer attendait chaque année une bise glacée qui lui rougirait le nez et gèlerait sa moustache, on ne lui proposait aujourd'hui qu'une pluie fine, de celles qui transpercent et refroidissent lentement, dans un décor boueux qui n'était pas sans rappeler les plus belles nuits d'été de Gilneas.

Bref, en un mot comme en cent, l'Adjoint Rainer était de méchante humeur, et l'apparition qui s'agita soudain sous son nez semblait devoir l'affermir dans cet état d'esprit - l'odeur du cidre mise à part. Fébrile, le vétéran se rapprocha le nez de cette source de chaleur impromptue, avant que son bon sens martial ne reprenne le dessus.

Oh la, étrangère, qui êtes-vous donc, et que venez-vous faire par ici ? Seriez-vous de cette compagnie qui passe de porte en porte pour vendre à des prix indignes quelque colifichet à l'effigie du Grand-Père Hiver ?

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Lyranys
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Message par Lyranys »

Certes, l’accueil de Dame Doreane avait été moins martial lors de sa première visite, et l'Elfe avait d'ailleurs toujours regretté que l'entretien fut si court.
Mais l'homme qui était devant elle avait tout du vieux routier qui maîtrise parfaitement son poste : suspicieux et imperturbable ! Et cela l'impressionna.

Je n'ai pas une grande habitude des courtoisies militaires mais si le ton rude de sa réponse semblait assez normal, le contenu de ses questions en revanche me dérouta un peu.
Il fallait donc éclaircir une situation que ma candeur, trop civile ou trop Elfique, n'avait pas jugée à ce point trouble.

- « Non, je vous rassure je n'appartiens à aucune compagnie commerciale … ni militaire d'ailleurs, et c'est en fait le but de ma venue. J'aimerai rencontrer un officier car j'aimerai faire partie des vôtres ... »

Cette dernière phrase s'interrompait mal, et une certaine appréhension était visible dans cette interruption. L'Elfe lança :

- «  Ne dérangez pas dame Lomah de Sangre ! Je sais le Chambellan très occupée et … je ne voudrais pas l'importuner ... »

Elle ajouta dans une souffle : « ... à nouveau. »

Espérant avoir dissipé tout malentendu quant à sa présence, l'Elfe proposa derechef la coupe fumante, accompagnée d'un large sourire.
Ce petit geste l'avait ramenée au présent et elle poursuivit :

- «  Je me nomme Lyranys Calmelune, druidesse et soigneuse. »
La rêveuse va se réveiller.

Adjoint Rainer
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Message par Adjoint Rainer »

Rainer plissa les yeux en regardant l'elfe qui lui faisait face. Les matières délicates et empruntées des habitants de Darnassus lui étaient parfaitement insupportables, mais il fallait néanmoins leur reconnaître une certaine grâce - dont étaient par exemple dépourvus ces satanés draeneïs. Bien que n'étant toujours pas parfaitement convaincu du contenu du verre qui lui avait été proposé, Rainer convint que la demande était claire, et décida de passer outre ses appréhensions personnelles.

Le temps est à la fête, jusqu'au cœur de notre Garnison, Madame. Je me fais fort, toutefois, de vous trouver un interlocuteur capable de prendre en charge votre demande. Veuillez me suivre à l'intérieur, je vous prie.

Habituellement, Rainer faisait poireauter les postulants à l'extérieur, surtout lorsqu'il s'agissait manifestement d'êtres qui ne se rapprochaient pas de ses standards morphologiques, mais le temps était manifestement trop mauvais pour laisser une personne dehors. Avec un geste qu'il voulut aimable, il invita Lyranys à le suivre à l'intérieur de la Garnison, où il se mit à la recherche d'un membre de l'Ost.

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Aurys
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Message par Aurys »

Si le temps était à la fête, ce n'était pas le cas pour tout le monde. En effet, dans le bastion déserté par les soldats partis célébrer quelque fête paillarde ou intimiste, selon leurs goûts respectifs, une personne restait à veiller : n'ayant nulle famille avec qui partager ces bons moments, et s'étant empressée d'accorder tous les congés demandés par ces hommes, Aurys se trouvait dans ses quartiers, occupée à ses tâches quotidiennes, comme si de rien n'était. Seul, le verre d'alcool fort qui trônait à ses côtés aurait pu marquer une forme de réjouissance festive, n'eut été l'absence de solennité avec lequel elle le portait à ses lèvres.

Tout ceci expliquait fort bien que la Connétable soit la personne la plus indiquée pour recevoir la postulante. Et Rainer ne s'y était pas trompé, en la conduisant jusqu'à elle.

Ainsi donc vous profitez des fêtes du Voile d'Hiver pour faire acte de candidature, fit-elle de derrière son bureau, en observant Lyranys, que Rainer venait de présenter avant de s’éclipser. Un peu d'originalité n'est pas pour me déplaire. Prenez donc place dans ce fauteuil, fit-elle en désignant ce dernier, et racontez-moi ce qui peut vous pousser à frapper à notre porte.
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Lyranys
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Message par Lyranys »

Suivant Rainer à travers le dédale du bâtiment, Lyranys fut surprise de ne voir âme qui crie, festoie ou même vive …
Elle se rappela toutefois que l'ordre militaire qui justifiait ces murs se serait probablement mal accommodé de Nains ivres accompagnés dans leurs chansons paillardes par des Humains titubant ou quelques Draeneïs plus verts que bleus …
Non, il ne fallait pas s'étonner ! Mais deux, au moins, restaient en veille, son guide et l'officier qui allait la recevoir : toute l’efficacité d'un ordre militaire toujours en alerte au prix de l'abnégation de quelques-uns. L'OST pourpre était fidèle à sa réputation.

Elle se trouvait maintenant assise face à la Connétable, comme celle-ci l'avait invitée à le faire. Elle se préparait à cet entretien depuis des mois, mais finalement tout était allé très vite et, face à Dame Aurys, elle se senti quelque peu intimidée.
Expliquer les raisons qui l'amenais à vouloir intégrer la Garnison du Ruisseau de l'Ouest était simple : en 2 ou 3 jours, si l'on considérait que manger et dormir étaient des activités superflues, cela devait être possible !

Mais il convenait de ne pas lasser mon interlocutrice : nos petites histoires d'Elfes qui durent plus de 20 mn ont tendance à lasser les Humains, et, à bien y réfléchir la plupart des non-Elfes en fait !
Aussi alla-t-elle à l'essentiel … Ce qui signifiait qu'elle ne s'en sortirait déjà pas si mal si son interlocutrice ne baillait pas avant la fin ...

- « La question est simple, mais ma réponse risque de vous paraître déroutante … J'imagine que la plupart des postulants ont des raisons simples de vouloir casser du réprouvé : haine issue de quelque massacre familial instillant un juste désir de vengeance, désir de briller au firmament des guerriers catégorie étripeur ou fendeur de crâne … Je n'ai pas la chance de posséder ces talents, toujours utiles à un ordre militaire »
Il n'y avait aucun second degré dans les paroles de l'Elfe, le monde était en guerre et il ne tenait qu'au prix du sacrifice de certains et de l'extermination de beaucoup d'autres. Elle avait du mal à s'y faire, mais elle le savait.

- « Je suis née dans un autre monde, un monde en paix, mais il y a longtemps déjà ! J'ai été formée à l'harmonie par des règles anciennes et affinées depuis des millénaires qui permettaient d'interagir avec un monde assez stable ; et nous excellions. La voie Druidique était alors la plus haute et j’eus la chance de la suivre.»
Une note de fierté nostalgique brilla dans les yeux de l'Elfe de la nuit.

- « Mais depuis que Grom a détruit sa première forêt en Kalimdor, notre monde n'a cessé de s'écrouler. Tout ce que j'avais appris devenait obsolète et nombre des miens n'y survécurent pas ! Ma chance est sûrement d'avoir, comme le disaient alors mes compagnons pour me railler, du sang de Driade dans mon ascendance ! »
Lyranys guetta la réaction de Dame Aurys à cette confidence : les Dryades sont réputées dans tout Azeroth pour leur niaiserie et avouer avoir quelque affinité avec elles était risqué … Mais sa nature gaie et sa mémoire très sélective étaient les seules armes qui lui avaient permis d'affronter de tels bouleversements, elle ne pouvait le cacher.

- « Depuis j'essaye donc d'apprendre ce nouveau monde, le comprendre reste hors de ma portée. Ma culture de sagesse et de retenue sont ici un handicap, je le sais ! Ici on tue, on égorge, on viole, on étripe et il est bien vu de le faire avec un certain plaisir … Ce sont les nouvelles règles, soit ! »
L'Elfe fit une pause, ce monde étrange elle avait depuis longtemps renoncé à le juger, elle essayait juste de s'y adapter, sans jamais être vraiment dans le ton.

- «  Oh, bien sûr j'ai appris à me défendre et même à occire des bestioles ou quelques agressifs trop entreprenants, malheureusement je ne suis pas très efficace … Mais il est une chose plus que jamais utile en ce monde et qui me lie à lui : le soin, et c'est ma voie ! »

En prononçant cette dernière phrase ses yeux s'étaient illuminés.
Finalement peu lui importait que ceux sur lesquels elle avait à veiller étripent à tour de bras, pour la justice ou pas, elle avait trouvé sa place !
Comme la plupart des créatures, tant qu'on lui permettrai de ne pas se sentir inutile elle suivrait avec conviction, jusqu'au sacrifice, persuadée de sa liberté et convaincue de son honneur.
La rêveuse va se réveiller.

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Aurys
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Message par Aurys »

Aurys avait écouté l'elfe sans l'interrompre, en dépit des nombreuses allées et venues de son récit, et des pauses qu'elle s'était accordées à plusieurs reprises, comme pour rassembler ses esprits et ordonner ses propos.

En définitive, l'impression qui lui était donnée était plutôt cocasse, et la Connétable décida donc d'approfondir la question.

Je salue votre honnêteté, qui fit office de préambule à votre explication. Il est vrai que je ne compte plus les fois où j'ai reçu quelque fils de paysan venu s'engager pour assouvir quelque vengeance contre les chiens de Fossoyeuse. Une légitime intention, je ne dirai pas le contraire, mais qui bien souvent était quelque peu exagérée, voire totalement créée pour la circonstance, chacun sachant dans la région en quelle estime nous tenons les vassaux de Sylvanas. Aussi votre sincérité est-elle gratifiante.

Aurys fit une pause, laissant planer un instant de silence.

Ceci étant, vous comprendrez que mon ordre recherche des gens prêts à se battre pour une cause bien définie. Il est évident que la guerre ne peut se résumer au seul fracas des armes sur des champs de bataille bien ordonnés, et que des compétences telles que les vôtres sauraient soulager la peine de nos soldats. Mais, si vous n'avez effectivement que peu d'intérêt pour le dessein que nous poursuivons, et si votre but est bien de, pour reprendre vos mots, "apprendre ce nouveau monde", j'aurais une question simple à vous poser.

Pourquoi vous adresser à nous, en particulier ?
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Lyranys
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Message par Lyranys »

- «  Je pourrais dire cela partout en effet ! Et d'ailleurs j'ai déjà mis mes quelques compétences au service de groupes plus ou moins organisés … J'y ai d'ailleurs beaucoup appris. Mais la lassitude et le découragement ont eu raison de l'enthousiasme des plus fidèles, et ces organisations furent finalement dissoutes. »
Au final, rien que de très classique, les aventuriers ne sont pas fait pour s'organiser en société.

Un soupçon de couleur apparut sur les joues de Lyranys, créant un léger dégradé sur ses tatouages faciaux. Elle allait devoir faire une chose qui la mettait mal à l'aise par dessus tout : ' un genre de compliment ' !
- « Le bruit de vos actions, militaire ou non, s'est répandu bien au delà des terres humaines. Je veux vous rejoindre non pour votre dessein, mais … pour vous ! Je suis fascinée par la pérennité de votre Ordre, par ses valeurs qui en sont le gage, par la diversité et la qualité de ses membres : je pense qu'il n'y a pas de meilleur endroit pour m'adapter à ce monde et lui être utile ! »
Un constat sincère mais embarrassant : il est toujours plus aisé de paraître honnête quand on formule une critique que lorsqu'on exprime une admiration. La sincérité n'est pas un art facile, ceux qui ont le choix de ne pas en user ne connaissent pas leur chance !

Lyranys se redressa dans une tension visible, la douceur s'effaça de son visage pour laisser la place à une expression grave et profondément sérieuse.
- « Que cela soit clair : Je sais ne pas être à la hauteur ! Je sais aussi que ce n'est pas ailleurs que dans vos rangs que je pourrais acquérir ce qui n'existe qu'ici. Je sais que ma place est au plus bas de votre échelle car si je ne doute pas de mes compétences dans ma spécialité, il me faut tout apprendre de vos pratiques. »
L'impression était comique, la scène faisait penser à l'attitude que peut prendre une gamine pour justifier de sa bonne foi devant des circonstances ambiguës : une sincère ingénuité charmante à 10 ans, proche du ridicule à un âge Elfique !

- « En un mot, il est temps de passer aux choses sérieuses ! »
Cette dernière phrase fut ponctuée d'un léger tapotement du point sur sa cuisse, signe d'une détermination Elfique sans faille !

Un léger silence plana le temps que l'Elfe reprenne sa sérénité, ce ne fut pas facile car elle s'avisa que sa main n'était plus posée à plat sur sa cuisse, cela ne pouvait que signifier qu'elle s'était laissée aller à un mouvement involontaire.
- « Voilà pour ma motivation à vous rejoindre et à m'engager résolument à vos côtés, fut-ce pour passer le balai ou soigner le doigt d'un cuistot maladroit, si l'on veut bien user de mes compétences !
Mais l'OST pourpre n'est pas une organisation oblative et je sais que je ne dois pas être une inutile !
Je mets bien sûr mes compétences de druidesse passionnée par le soin à votre disposition, mais même si je travaille avec ferveur à les perfectionner, je sais qu'elles n'ont rien d'exceptionnelles et je ne doute pas que vous ayez déjà des médecins fort qualifiés dans cet art. Mais on a toujours besoin de petites mains et une infirmière sait se rendre utile, sur un champ de bataille ou en garnison.
Comptez spécialement sur mon enthousiasme et ma motivation sans faille à soutenir vos actions, car si ce n'est leurs buts, vous l'avez compris, c'est leur mise en œuvre qui me motive.
Cela garantit ma fidélité plus sûrement qu'un désir de vengeance, terrible après avoir tout perdu mais qui s'estompe souvent dans le confort d'une vie reconstruite. »


- « Et qui sait, si mes efforts voient quelque succès, les services que je pourrais rendre prendront-ils plus d'ampleur ; c'est en tout cas mon ambition ! »

Les yeux de Lyranys brillaient d'une certaine exaltation, celle d'avoir réussi à exprimer l'essentiel de sa motivation. Elle fixait maintenant Dame Aurys, pleine d'admiration devant la patience de celle-ci.
La rêveuse va se réveiller.

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Aurys
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Message par Aurys »

La situation commençait à amuser la Connétable. Elle faisait face à une personne qui, à n'en pas douter, foulait déjà le sol d'Azeroth depuis bien des siècles quand ses propres ancêtres commençaient à peine à s'organiser en société. Un tel écart entre les deux femmes aurait pu constituer une difficulté, une gêne, tant la vie de la seconde faisait figure d’étoile filante au regard de celle de la première.

Et pourtant. En regardant bien, Aurys avait le sentiment de faire face à une enfant, non pas une gamine instable, mais plutôt à une jeune fille soucieuse non seulement d’en apprendre le plus possible sur le monde qui l’entoure, mais également d’y trouver sa place. La démarche était honnête, originale, touchante. Evidemment, ce n’était pas là des critères qui pouvaient motiver, chez la Connétable, un choix positif, mais du moins étaient-ils en mesure d’aiguiser une curiosité trop souvent émoussée par de rébarbatives histoires.

Vous avez raison sur un point : si nous avons, au fil du temps, constitué plusieurs compagnies de solides combattants à même de porter le fer au cœur de l’ennemi, nous subissons comme tant d’autres la loi de la guerre, en ce que certaines blessures mal soignées, ou traitées trop tard, handicapent ou achèvent trop souvent nos compagnons. La présence d’un guérisseur sur le front n’est jamais à négliger.

Par ailleurs, je ne suis pas assez naïve pour penser qu’une armée est un corps figé. Au contraire, il s’agit d’un être vivant, qui évolue continuellement, certains de ses membres mûrissant pour apporter une contribution toujours meilleure à l’ensemble, tandis que d’autres peuvent disparaître pour sa plus grande gloire. Dès lors, il convient de préparer l’avenir, en formant dès aujourd'hui ceux qui, demain, pourront porter les responsabilités qui sont aujourd'hui assumées par d’autres. En d’autres mots, je ne suis pas rétive à l’idée de former nos futurs membres : après tout, personne ne naît soldat – saur Rainer, peut-être.


Aurys sourit à Lyranys.

Ceci étant, ce type de décisions ne peut sans doute pas se prendre autour d’un bureau. Peut-être pourrions-nous envisager une mise à l’essai sur le terrain ?
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Lyranys
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Message par Lyranys »

J'écoutai avec attention et, si ce fut avec un sourire que commença la réponse de Dame Aurys, le ton devint rapidement plus grave : les blessés, et ceux pour qui il n'y avait plus rien à faire, étaient bien au nombre des funestes conséquences des batailles.
Mais il me sembla qu'à demi-mots la Connétable m'indiquait que sur le terrain ceux qui soignent ne sont pas immunisés contre les coups de l'ennemi et que « préparer l'avenir » signifiait bien maintenir les effectifs !

Lyranys demeura pensive.

Peut-être, dans mon exaltation, avais-je paru redouter la bataille. Probablement, lorsque j'exprimai la fragilité de mes compétences combatives, le chef militaire qui me faisait face avait entendu faiblesse et fragilité …

J'avais approuvé Malfurion lorsqu'il avait déclaré que « Nous aurions déjà trop vécu si nous n'avions ne serait-ce qu'hésité à renoncer à notre immortalité pour porter secours à ce monde ». Mais citer, ici, notre guide serait sûrement mal venu !

Il me fallait donc trouver les mots …

J'essayais d'extraire de ma pratique de guérisseuse au sein des quelques petits groupes que j'avais pu soulager, les impressions qui traduiraient au mieux mon état d'esprit.

- « La guerre est une bête qu'il faut nourrir chaque jour : c'est une réalité que mon expérience de guérisseuse m'a trop souvent démontrée. Je sais aussi que lorsque je parviens à lui ravir sa pitance, il n'est pas pour moi de plus belle victoire !

J'ai appris de ce nouveau monde qu'une bataille est une affaire ou l'on s'engage « à corps perdu », et que cela concerne tous ces membres ; du porte drapeau au guerrier, du guérisseur à l'archer.

Nos finalités de guérisseurs ne sont certes pas les mêmes que celles des combattants : leurs armes sont tournées vers l'ennemi, nos soins sont pour les nôtres ; ils abattent l'adversaire, nous relevons nos blessés.
Mais c'est l'engagement de chacun qui détermine pour tous, la victoire ou la défaite, la survie ou le trépas. »


Lyranys laissa échapper un soupir, puis reprit.

- « Il est vrai que je n'entends rien à la guerre et que ce nouveau monde est comme un livre dont je ne sais encore que l'alphabet, mais le soin est ce qui me relie à lui, la dernière chose de mon passé qui ait encore un sens ici.

Comptez sur moi pour l'exercer jusqu'au bout, Lorsque le moment viendra, je serait prête à assurer les responsabilités que vous voudrez bien me confier !J’espère juste que mes supérieurs dans l'art du soin ne m'imposeront pas de prendre trop rapidement celles qu'ils ne seraient plus en mesure d'assurer, à leur plus grand regret …»


Aurys sourit à Lyranys.

Ceci étant, ce type de décisions ne peut sans doute pas se prendre autour d’un bureau. Peut-être pourrions-nous envisager une mise à l’essai sur le terrain ?


Dame Aurys avait si bien mené cette discussion que j'en avais, ces derniers instants, oublié le but ! J'avais répondu à ses dernières questions comme si ma vie en dépendait, comme si mon sens au monde en dépendait … C'était bien le cas d'ailleurs.

A ce constat, je me sentis rougir, autant de satisfaction pour la chance qui m'était donnée de mettre mes paroles en acte, que de m'être livrée si totalement …

Je souris à mon tour.

Le doux souffle d'un instant passa ...

J'aurais pu rester ici et dans cet état de longs moments encore, mais cette béatitude devait passer pour une stupide absence et son prolongement pour de l'indigence, aussi devais-je me ressaisir !

- « Merci Dame Aurys ! » puis me relevant je saluais la Connétable du salut Elfique, peu martial certes, mais le seul que je maîtrisais et le seul qui pouvait exprimer tout la profondeur de ce que je ressentais.

- « Un arbre de la Forêt alentour m’abritera dans l'attente du choix de votre test, vos chers messagers volants le connaissent déjà, je les y attendrai assidûment.»

Je me dirigeais vers la porte et, avant de l'atteindre, je me retournais pour ajouter.

- « Merci de m'avoir écoutée, et que ce voile d'hiver vous apporte autant qu'il vient de m'être donné ! »
La rêveuse va se réveiller.

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